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Contrepoint(s) numéro 1
> Dossier : Fonds et politique d’acquisitions en librairie
Le fonds, l’office et la trésorerie.
En librairie jeunesse : le point de vue de Geneviève Masy, Librairie Némo à Montpellier
Un œil sur le qualitatif, l’autre sur le quantitatif, rigueur oblige. Jean-François Sourdais, Librairie L’eau vive à Nîmes et Avignon
L’office. Jean Debernard
Vu d’un rayon de littérature générale. Entretien avec Yann Granjon et Pierre Hild, Librairie Sauramps à Montpellier



La notion de fonds en librairie est une notion qui n’a cessé d’évoluer au cours de ces dernières années. Si disposer aujourd’hui d’un fonds à rotation lente est de moins en moins envisageable, Jean Debernard (Librairie Molière à Montpellier) illustre cette nouvelle donne par la formule « ça n’est plus dans les vieux fonds que l’on trouve les bonnes librairies ».
La rotation du fonds est donc un élément clé de la santé financière de la librairie, comme l’illustre les entretiens que nous ont accordés les différents libraires.
Au reste, n’entends t-on pas dire un peu partout qu’aujourd’hui et de façon sans doute un peu excessive : « il n’y a plus de fonds en librairie ».
Mais les critères économiques n’entrent pas seuls en jeu : le comportement des consommateurs évolue, point qui a été mis en évidence lors du séminaire de l’édition littéraire en France, organisé à Villeneuve-sur-Yonne fin 1997 par ABIDOC et les éditions Obsidiane : « les librairies qui tentent de maintenir un fonds à rotation lente sont aujourd’hui confrontées à une modification profonde du mode de fréquentation : les clients ne s’attardent plus dans les rayons de la librairie mais, au mieux, y viennent pour un titre précis qu’ils commandent » .
Ainsi la stratégie du libraire s’oriente vers ce que Jean Debernard nomme un appel de fonds : « La démarche est d’avoir un ou deux volumes de Bataille, d’Arthaud... pour que le lecteur sache ce que l’on aime, pour qu’il se fasse une idée de la librairie dans laquelle il se trouve, des choix du libraire, et qu’il puisse commander ».

La pratique des commandes se généralise, selon Noël (Nouvelle Librairie Sétoise) ; elle est perçue par les clients comme un des services de base bien intégré au fonctionnement de la librairie.
Ce qui ne va pas sans poser de problème pour les livres «compliqués» qui induisent souvent la prise en charge d’une partie du coût du transport par le client. Comme pour cet exemple rencontré par un libraire : la commande d’un livre à 35 francs chez un petit éditeur de Cornouaille avec 35 francs de frais de port facturés au libraire, l’oblige à répercuter le prix de l’expédition, ce qu’en règle générale le client admet.

Les commandes existent conjointement à l’office qui reste toutefois la pratique la plus commune.
Pour Jean Debernard l’instauration des offices participait, du moins à l’origine, de l’information du libraire. Aujourd’hui les offices sont devenus un moyen de le fournir : «Ce système fonctionnait mais dans une proportion qu’il convenait de ne pas dépasser. L’augmentation de la taille des offices a entraînée une protestation légitime des libraires. Il y a été répondu par l’établissement de grilles ( l’image est plaisante : les grilles servent à enfermer comme à protéger ). Les grilles d’offres arrivent à tout laissé passer alors le libraire dit stop. Il ne faut pas non plus dire stop à tout, ainsi les libraires font des pré-notés, ceux ci sont plus ou moins bien respectés par les éditeurs et il arrive que le système se détraque. L’office est une bonne idée pervertie par un usage abusif ».

Si pour Jean Debernard « Trop d’office a tué l’office », Molène Mandagot (Librairie Parfeuille à Uzès) pense que tout est question de choix politiques, d’entente entre les éditeurs et le libraire quant à une stratégie d’approvisionnement du fonds.
Cette volonté de conciliation n’évacue pas la lourdeur du travail ni la nécessité de disposer du temps nécessaire au suivi des auteurs. L’office ne permet pas toujours cela, surtout lorsque plusieurs fois par semaine celui d’un éditeur différent amène son lot de colis à traiter ; tout cela crée une marée, un troupeau, que le libraire n’est plus en mesure de maîtriser.

A quoi s’ajoutent les contraintes de la trésorerie. Les libraires ont abandonné l’idée de se constituer un fonds à travers l’office : même s’ils pensent vendre vingt exemplaires d’un livre, ils n’en commandent que dix.
Ce poid de la gestion occupe, en librairie, une place centrale. Il ne saurait pas pour autant réduire ce métier à de la gestion de stock. Ainsi animations, goût de la découverte et du partage demeurent des éléments déterminants et constituent la véritable valeur ajoutée
Les expériences et points de vue présentés dans les pages suivantes en sont une éloquente illustration.

D.M.




Ce dossier n’entend pas dresser un panorama complet des politiques d’acquisition et de gestion de fonds en librairies, il est d’abord un témoignage porté par des libraires sur leurs pratiques quotidiennes.


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