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de la poésie contemporaine - #4
Les revues à la barre - #2
Livre d'artiste, livre de bibliophilie - #1 Fonds et politique
dacquisitions en librairie

Contrepoint(s) numéro 1
> Dossier : Fonds et politique dacquisitions en librairie
Le fonds, loffice et la trésorerie.
En librairie jeunesse : le point de vue de Geneviève Masy, Librairie Némo à Montpellier
Un il sur le qualitatif, lautre sur le quantitatif, rigueur oblige. Jean-François Sourdais, Librairie Leau vive à Nîmes et Avignon
Loffice. Jean Debernard
Vu dun rayon de littérature générale. Entretien avec Yann Granjon et Pierre Hild, Librairie Sauramps à Montpellier

 Comment avez-vous constitué le fonds de la librairie ?
La première démarche a été de rencontrer les éditeurs à Paris pour présenter le projet de librairie. On a demandé quelles étaient les conditions de vente, si l'on pouvait bénéficier de conditions particulières pour la création d'une librairie, toujours en montrant que notre projet tenait debout. Parce que pour les éditeurs, cela pouvait être risqué de vendre leur stock à des inconnus qui "n'étaient pas du métier". Il y avait une certaine confiance à acquérir.
Nous avons visité beaucoup de librairies à Paris, notamment des librairies d'éditeurs. Nous avons ramené les catalogues et avons commencé à les éplucher. J'essayais de me familiariser, même sans avoir les livres, avec les différentes collections et éditions. Tout était à apprendre.
Un premier choix de titres a été fait à partir des catalogues, un peu au feeling, puis cette première sélection a été complétée avec les conseils des représentants. Nous avions un budget d'acquisition de 250 000 francs, la mise en place était d'environ 6000 volumes. Nous avons bénéficié d'une aide de l'ADELC (association d'éditeurs pour le développement économique des librairies de création) de 50 000 francs. Puis en 1996 une aide de la DRAC a permis d'accroître le stock.
L'ouverture de la librairie a donc lieu juste avant Noël, une période bénéfique pour un premier contact avec la clientèle magasin. C'est seulement après Noël que nous avons eu le temps de lire les livres et de faire un premier tri. Mais je n'étais pas mécontente de mon choix de départ, je ne m'étais pas beaucoup trompée.
Selon vous, que doit proposer une librairie spécialisée ?
Notre librairie est la seule spécialisée jeunesse à Montpellier, elle fait partie depuis sa création de lALSJ ( association des librairies spécialisées jeunesse) regroupant 50 librairies de ce type en France. Je la conçois comme une librairie où les gens viennent en étant sûrs de trouver un fonds important. Il y a un fonds que toute librairie spécialisée doit absolument avoir. Il faut l'entretenir, il faut le faire vivre. Pour les enfants, il y a des livres qui sont presque des passages obligés dans leur parcours de lecteurs. Il y a un fonds à montrer, à défendre en permanence.
Par rapport à un rayon littérature jeunesse dans une librairie générale ou à un groupe comme la FNAC, une librairie spécialisée propose plus d'ouvrages de qualité. Nous n'avons pas ici le phénomène de piles. Nous consacrons beaucoup de temps au conseil, les clients ont besoin dêtre orientés dans leurs choix.
Quelle est votre politique d'acquisition ?
La librairie Nemo est à l'office pour la plupart des diffuseurs ou des éditeurs, c'est-à-dire qu'elle reçoit automatiquement un exemplaire de chaque nouveauté. Parfois plus, par exemple à l'École des Loisirs, l'office est par trois exemplaires. Pour une bonne gestion des stocks, il ne faut pas avoir un office trop important. Lors de la visite des représentants, on peut demander des livres en plusieurs exemplaires mais ce ne sera jamais très important, à moins que ce soit un terrible coup de cur.
Il y a aussi certains éditeurs avec lesquels nous ne travaillons pas et leurs représentants ne nous visitent pas ou plus parce qu'ils savent que leur production ne nous intéresse pas. Nous pensons qu'elle n'a pas sa place dans une librairie spécialisée jeunesse parce qu'elle est disponible ailleurs, en grande surface par exemple.
Mais en principe, j'essaie d'avoir tout au moins à l'unité. Je ne voudrais pas passer à côté d'un album ou d'un roman qui pourrait être intéressant. Je veux être au courant de tout ce qui sort. A moi ensuite de faire un tri et de proposer à la clientèle et aux collectivités les nouveautés intéressantes. Les nouveautés sont disposées sur les tables de présentation, et là aussi tous les éditeurs sont représentés équitablement. Il y a aussi en rayon des livres qui se vendent très peu souvent mais que je tiens à garder. Je pense toujours que lors d'une discussion, je peux donner envie à quelquun de les lire.
Comment gérez-vous votre stock ?
Il faut toujours jongler entre les nouveautés, le réassortiment du fonds, et en même temps éviter le grossissement trop important du stock. On estime qu'un livre doit être vendu trois fois dans l'année pour avoir sa place dans un fonds vivant, pour que le fonds de la librairie tourne et pour une bonne gestion des stocks. Mais c'est théorique. Par exemple pour pouvoir garder un livre que je ne vends qu'une fois par an, je dois rééquilibrer le fonds avec des livres que je vends neuf fois. C'est pour cela qu'on ne fait pas l'impasse sur les « Chair de poule ».
Les commandes de nouveautés se font une fois par mois. Les représentants sont les personnes avec qui l'on traite le plus souvent, pour tout, aussi bien pour les nouveautés que pour des animations ou dédicaces qui nécessitent un stock plus important. En plus des visites des représentants, je passe des commandes au moins une fois par semaine chez les différents éditeurs pour des demandes de la clientèle ou de collectivités.
Et, quand cela est nécessaire, on fait un pointage avec le représentant et on prévoit un réassort pour quelques mois. Les éditeurs proposent parfois des conditions de réassortiment particulières, des échéances de paiement plus longues ou des surremises.
Conclusion : Il ne suffit pas d'être un bon libraire, il faut être aussi un bon gestionnaire.
Quelle a été l'évolution du fonds depuis sa création ?
On a bien sûr plus de collections qu'avant puisque la production en littérature jeunesse s'est amplifiée. Certains éditeurs ont créé ou développé une collection jeunesse, de nouveaux petits éditeurs sont apparus. Avec cette évolution de la production, on se retrouve avec un fonds qui part un peu dans tous les sens. Le rôle des librairies jeunesse, c'est aussi d'influencer l'évolution de la littérature jeunesse vers une meilleure qualité.
Qu'est-ce qui, selon vous, fait la spécificité d'un fonds de librairie par rapport à un fonds de bibliothèque ?
La bibliothèque est un patrimoine, elle se doit de conserver les ouvrages tant qu'ils sont disponibles et doit avoir une littérature de référence. Elle a quand même des valeurs éducatives à défendre. Je vais souvent dans les bibliothèques, aussi bien d'écoles que de municipalités et j'aime beaucoup retrouver des albums qui ne sont plus édités.
Sinon, je ne vois pas trop la différence de fonds entre une librairie et une bibliothèque, en prenant comme référence la bibliothèque de Montpellier. Il y a quand même des livres qui ont réellement leur place dans une bibliothèque d'école ou dans une bibliothèque municipale. Je pense par exemple à Petit Doux n'a pas peur qui traite de la violence sur les enfants.
On trouvera plus de nouveautés en librairie. Mais cela veut dire que la bibliothèque fait le tri de ces nouveautés et est censée prendre le meilleur. Les petites bibliothèques n'ont souvent pas les moyens d'acquérir beaucoup de livres, elles doivent donc être très sélectives dans leurs choix. Les bibliothécaires devraient pour cela venir plus souvent en librairie pour voir les nouveautés, les nouvelles collections, ne pas se contenter de lire Livres Hebdo ou la presse spécialisée.
C.S.
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