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Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8
Les ateliers décriture - #7
Rencontrer des auteurs - #6 Présence
de la poésie contemporaine - #4
Les revues à la barre - #2
Livre d'artiste, livre de bibliophilie - #1 Fonds et politique
dacquisitions en librairie

Contrepoint(s) numéro 1
> Dossier : Fonds et politique dacquisitions en librairie
Le fonds, loffice et la trésorerie.
En librairie jeunesse : le point de vue de Geneviève Masy, Librairie Némo à Montpellier
Un il sur le qualitatif, lautre sur le quantitatif, rigueur oblige. Jean-François Sourdais, Librairie Leau vive à Nîmes et Avignon
Loffice. Jean Debernard
Vu dun rayon de littérature générale. Entretien avec Yann Granjon et Pierre Hild, Librairie Sauramps à Montpellier

Quelle est la place du rayon de littérature générale au sein de la librairie Sauramps ?
Le rayon est situé au niveau de l'entrée principale de la librairie. Il est donc tout de suite visible et ce choix n'est pas anodin. C'est autant un choix d'image qu'un choix commercial parce que c'est un rayon qui tourne bien et qui se développe bien. En terme de chiffre d'affaire, c'est un des rayons qui tire la librairie depuis plusieurs années. Un espace assez grand lui est accordé, mais peut-être pas suffisant, conte tenu de l'augmentation de la production, surtout depuis deux ans. On manque aussi de place pour pouvoir faire des animations plus régulièrement.
Les rayons romans historiques, romans policiers et science-fiction sont maintenant à part. Ils font tout de même partie du rayon littérature générale pour les résultats des chiffres d'affaires bien qu'on puisse les dissocier. Le rayon des romans policiers se développe énormément et manque aussi de place.
Que doit proposer la librairie à ses clients ?
Elle s'adresse à tout type de public, le grand public et le public à la recherche de choses particulières. Il y a un équilibre à avoir qui est difficile à définir de façon abstraite. C'est très subjectif. Par exemple, au rayon littérature, il y a une place accordée à certains ouvrages qui ne sont pas d'une qualité littéraire très bonne. Mais cette place est nécessaire et n'est pas à remettre en cause si en même temps on a la possibilité de faire un travail sur de choses plus particulières, moins demandées, moins médiatisées, moins soutenues. On pourrait reconsidérer ce point de vue si on devait aménager une librairie deux fois plus petite.
Comment gérez-vous le stock des nouveautés ?
En littérature générale, nous sommes à l'office par un exemplaire. Plusieurs exemplaires pour certaines collections de poches. C'est la grille de départ, en réalité rares sont les livres qui arrivent en un seul exemplaire.
Pour la plupart des éditeurs, on arrive encore aujourd'hui à tout prendre. Mais cela devient difficile étant donné la production croissante. La pression des éditeurs via les représentants existe, ils ne sont pas prêts à accepter l'idée d'un office à la carte. De façon commerciale mais aussi de façon éditoriale et plus littéraire, ils essaient de jouer la carte de chaque livre, et c'est ce que nous voudrions faire nous aussi. Chaque livre peut être à priori intéressant, avec des raisons différentes à chaque fois, soit parce qu'on sent un auteur, soit par son intrigue, par l'intérêt qu'en donne le représentant. On se dit que c'est un livre qui va prendre parce que tel sujet est sensible actuellement, parce que tel autre marche à tous les coups. Or il faudrait qu'on arrive à évaluer la qualité d'un livre par avance pour éviter de commander de façon trop systématique.
Les commandes de nouveautés sont mensuelles. Mais les retours ne sont pas fixes et sont susceptibles d'être effectués à tout moment. Ils sont en principe générés par la carrière du livre dans la librairie, d'autres peuvent être générés par des problèmes plus pratiques, comme pour des problèmes de place, ce qui arrive actuellement étant donné l'importance de la production. Mais un retour ne sera jamais effectué uniquement parce qu'il manque de la place.
Chaque livre a sa vitesse, il y a des titres qui mettent plus longtemps à démarrer, d'autres qui partent très vite parce qu'ils correspondent à l'actualité mais qui ne resteront pas dans le fonds. Il y a plusieurs façons d'exister en librairie.
Le budget d'acquisition n'est pas suivi rayon par rayon. Les achats et les entrées sont enregistrés et suivis au fur et à mesure, donc on connaît le stock en permanence.
Quelle est votre conception du fonds idéal ?
Faire du fonds, c'est faire un fonds tournant. Un livre qui se vend cinq ou six fois par an, voir plus, atteint une bonne rotation, mais cela s'essouffle, et cela est lié au potentiel de ce marché.
Le travail qu'on fait sur le fonds est donc de faire un fonds tournant qui nécessite constamment une attention et une remise en question. Le travail du libraire n'est pas de recommander de façon héroïque un livre quand on ne l'a pas vendu depuis deux ans pour le revendre à nouveau dans deux ans. Le travail de fonds, c'est par exemple de reconsulter les catalogues et de commander un autre titre du même auteur qu'on n'avait pas et repartir sur deux ou trois ans. Sur une telle durée, on se rend compte que lorsqu'on intègre un livre, ou un auteur dans le fonds, sans qu'on le signale de manière particulière, ces livres se vendent sans qu'on nous les demande. C'est-à-dire que l'on aiguise une curiosité plus qu'on ne répond à une attente.
Quand on débute en librairie, on a cette vision idéale que le livre de fonds sera toujours là. C'est vrai pour certains titres ou certains auteurs mais très peu. Et puis avec le temps, certains livres deviennent des livres de fonds, grâce au travail du libraire qui va pouvoir régulièrement le faire découvrir. Il y a aussi dans le fonds des livres qui ne sont pas véritablement des livres de fonds, parce qu'on les trouve en poche. Camus, Céline, certains classiques du vingtième siècle ont une situation différente et se vendent très régulièrement. Mais à 90 %, le fonds devrait être un fonds tournant. Cela nécessite une gymnastique permanente, un gros travail sur les catalogues et pour cela on a trop peu de temps.
Nous utilisons aussi le système de dépôt. Nous pointons sur le catalogue pour mettre en rayon des livres qui sont plus difficiles à vendre et qu'on hésiterait à avoir dans le fonds sans ce système de dépôt. Les livres ne sont pas facturés à la livraison mais sur la commande suivante. C'est-à-dire qu'on a toujours un exemplaire d'avance sans avoir fait de mise de départ. Cela concerne en général les titres qui ont plus d'un an.
Quels moyens avez-vous pour valoriser le fonds, notamment en terme d'animation ?
Pour donner un exemple, nous avions présenté durant tout un été un rayon consacré aux éditeurs régionaux. Ils sont souvent inconnus du grand public. Il arrive que les clients recherchent des livres de Climat ou Fata Morgana et sont tout étonnés de savoir que ce sont des gens de la région. L'expérience a été très positive mais le manque de place nous empêche de réitérer ces opérations. On sait aussi que notre chiffre d'affaire est tributaire des mois de juillet et août, donc si on devait consacrer à ces opérations la place et le temps nécessaires, ce ne serait pas intéressant économiquement. C'est intéressant de le faire dans le cadre d'une librairie, mais par exemple le CRL pourrait également proposer des choses comme ça.
On n'a pas de lieu approprié pour organiser à l'intérieur même de la librairie autre chose que des signatures. On organise à l'extérieur de la librairie des rencontres débats, mais symboliquement cela ne s'inscrit pas de la même manière dans l'esprit des gens. Il y a un manque de curiosité, et parfois même une opinion négative de ce qui peut se faire dans la librairie en matière d'animation. On aimerait faire autre chose pour redonner envie aux gens de venir et créer de vrais axes dans la politique d'animation. Nous avons plusieurs projets.
Dans la librairie, nous allons essayer chaque mois de présenter un éditeur, ce sera donc à l'occasion un éditeur régional, avec sa présence quand ce sera possible. Puis à l'extérieur, nous avons le projet avec Hervé Piekarski d'une "revue parlée". Il s'agira de lectures de textes, principalement de la poésie, suivies d'une discussion sur le contenu de ces lectures. Elles auront lieu une fois par mois, à la DRAC. Les textes seront des textes écrits pour l'occasion et pourraient par la suite être publiés par la librairie.
Pour en revenir au fonds proprement dit, il y a une chose que l'on fait depuis quelques mois qui semble un peu naïve mais qui a son importante, c'est l'ajout d'un bandeau pour distinguer certains livres, avec la mention "Lu et approuvé, votre libraire vous conseille". C'est une façon de remédier au fait qu'on n'est pas toujours disponible pour conseiller les gens ou bien parce qu'ils n'osent pas toujours demander. Or sait que 80% des ventes ici se fait sans l'intervention d'un vendeur.
Quels différences percevez-vous entre le fonds d'une librairie et celui dune bibliothèque ?
Le fonds de beaucoup de bibliothèques de lecture publique s'est appauvri ces dernières années parce qu'elles achètent des livres qui se prêtent tout seul. Elles manquent de personnel et ont moins le temps de faire du conseil. Il y a des bibliothécaires qui viennent ici choisir des livres, la plupart du temps sans aucune concertation avec les libraires. Ils viennent chercher ce qui leur est demandé, en se posant encore plus que nous la question de savoir si le livre va tourner ou pas. On comprend que c'est une attente des municipalités, que cela correspond à des statistiques de prêts, alors ils vont choisir des livres de mauvaises qualités, du romanesque dernier cri. Nous vendons aussi de mauvais livres, mais nous ne les choisissons pas puisque nous vendons tout ce qui paraît. Nous en gardons certains et cela nous permet d'en vendre de meilleurs. Alors que les bibliothécaires ont la possibilité de faire le tri de ce qui sort, de prendre le meilleur, et ne le font pas.
Pour certaines personnes, l'image que peut avoir une librairie est toujours un peu mitigée, c'est quand même un commerce. Alors que la bibliothèque a une autre mission que la nôtre. Elle joue un rôle économique dans le sens où elle doit permettre à des gens qui n'ont pas les moyens d'acheter des livres de lire. Mais on a aussi l'impression que pour les gens qui n'achètent pas de livres, on veut leur donner l'occasion de lire un livre même s'il est mauvais. C'est un peu le principe de lire à tout prix, ce qui n'est pas forcément une bonne chose.
Quant à notre travail sur le fonds de la librairie, Nous ne l'avons jamais envisagé en tenant compte de ce qui passe en bibliothèque. On a vraiment des vies parallèles. On est plus tourné vers les éditeurs que vers les bibliothèques et on n'a pas souvent l'occasion de discuter avec des bibliothécaires sur leur métier aujourd'hui.
C.S.
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