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#9 Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8 Les ateliers d’écriture - #7 Rencontrer des auteurs - #6 Présence de la poésie contemporaine - #4 Les revues à la barre - #2 Livre d'artiste, livre de bibliophilie - #1 Fonds et politique d’acquisitions en librairie


Contrepoint(s) numéro 2
> Dossier : Livre d'artiste, livre de bibliophilie
Livre d'artiste, livre de bibliophilie... livre ! Dominique Mans
P.A.B : des bibliophiles alésiens au musée bibliothèque Pierre André Benoit. Axel HEMERY
Une collection publique : visite guidée. Gladys BOUCHARD
La bibliothèque et le patrimoine contemporain : "les livres singuliers" de la médiathèque la Durance à Cavaillon. Martine PRINGUET
Acquisitions précieuses et soutien de l'Etat. Claude GREIS
Pourquoi créer dans une bibliothèque de lecture publique un pôle autour de l'édition de livres différents. Martine CRIBIER
Jacques Clauzel : un portrait. Benoît LECOQ
Artiste et éditrice : où est la rigueur et où est la vague ? Astrid GERAUD
Figures du livre. Michaël GLÜCK



Parler de livre d’artiste en Languedoc-Roussillon c’est aussi évoquer la richesse, dans ce domaine, d’une collection publique : celle de la bibliothèque municipale de Montpellier.
Gladys Bouchard, conservateur de ces trésors, nous en propose une rapide visite à travers l’historique du fonds Sabatier d’Espeyran, la politique d’acquisition et les perspectives de mise en valeur ouvertes par le futur établissement à vocation régionale.

Un don prestigieux
Issu d’une vieille famille montpelliéraine, après une carrière diplomatique à Saint Petersbourg et à Londres, Frédéric Sabatier d’Espeyran partage son temps entre Montpellier, où il gère sa propriété viticole, et Paris où il s’occupe avec beaucoup de discrétion de sa bibliothèque. A sa mort en 1965, il lègue à la bibliothèque municipale de Montpellier sa collection de 668 livres dont près de 200 reliés. L’importance de cette collection va susciter étonnement et admiration.
Depuis plusieurs années il ne faisait pas mystère de son intention de la donner à la bibliothèque municipale de Montpellier et disait qu’on pouvait faire confiance à ses choix, réservant « le plaisir de la découverte » au bibliothécaire qui établirait le catalogue. Pour Françoise Mourgue Molines qui fut cette bibliothécaire, le plaisir fut grand. Ces livres allaient trouver place dans une salle spécialement aménagée à la bibliothèque.
La collection s’ouvre avec quelques précurseurs : le Faust de Goethe illustré par Delacroix ( 1828), le Corbeau de Poe illustré par Manet (1875) mais aussi les lithographies de Toulouse-Lautrec pour Yvette Guilbert de Gustave Geffroy (1894). Avec le début du XXème siècle, on trouve les livres de deux grands éditeurs : Ambroise Vollard et Daniel-Henry Kahnweiler : Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard (1900), L’Enchanteur pourrissant de Guillaume Apollinaire avec des gravures sur bois de Derain (1909) et beaucoup d’autres.
Après la guerre de 1914-1918 Frédéric Sabatier d’Espeyran qui vient de prendre – jeune – sa retraite suit de près l’édition du livre illustré et ce sont les noms de François-Louis Schmied, Maillol, Dunoyer de Segonzac, Rouault, Picasso, Matisse, Dali, Chagall… que l’on peut citer.
Parmi les derniers livres acquis : Moderato cantabile de Marguerite Duras avec des lithographies de Minaux ou l’Année dernière à Marienbad d’Alain Robbe-Grillet illustré par Michel Timoléontos.
Frédéric Sabatier d’Espeyran faisait passer l’illustration avant la reliure mais en 1962, lorsqu’il vend sa propriété de Maurin, il achète à des ventes importantes de nombreuses reliures signées des plus grands noms : Legrain, Cretté, Creuzevault, Bonet… ceci afin de laisser à la ville de Montpellier une collection significative de l’art du livre au XXème siècle montrant en cela beaucoup d’élégance dans la générosité.
Il faudrait aussi dire un mot de la très intéressante série des reliures des années vingt avec des laques de Dunand d’après Schmied.
La rareté de cette collection tient aussi en la présence de nombreuses particularités d’exemplaires, par exemple des dessins de Dali dans les Chants de Maldoror, ou encore des dessins de Dunoyer de Segonzac dans Bubu de Montparnasse par exemple.

L’enrichissement des collections
Au cours des années qui suivent l’arrivée du fonds Sabatier d’Espeyran à la bibliothèque, le budget accordé permet quelques achats réguliers pour faire vivre le fonds. Puis les acquisitions courantes obligent, les budgets ne vont plus guère permettre cela. De nombreuses bibliothèques connaissent, ont connu ou connaîtront cette situation.
A partir de la fin des années quatre vingt, le budget va permettre à nouveau quelques achats intéressants. L’aide de l’État avec un subventionnement sur facture pouvant atteindre 50% est une incitation et un encouragement pour la ville, elle facilite aussi les négociations budgétaires ( à titre d’exemple, en 1998, 184 500 francs ont été consacrés aux achats patrimoniaux, dont 89 182 francs pour la bibliophilie contemporaine). Depuis son arrivée, fin 1992, notre directeur Gilles Gudin de Vallerin a souhaité renforcer la part des achats patrimoniaux. Ils sont faits en fonction de trois axes principaux : le fonds régional, la bibliophilie contemporaine et le fonds Joseph Delteil. On pourrait ajouter un quatrième axe : le fonds Rabelais. Ces deux dernier fonds rejoignent la bibliophilie contemporaine, le fonds Rabelais a régulièrement été enrichi ; il réunit plus de cent dix éditions avec les principaux illustrateurs des XIX ème et XX ème siècles.
En matière de bibliophilie contemporaine des critères d’acquisition ont été définis sur la base de : la pertinence par rapport aux fonds existants, la part accordée aux créateurs résidant en Languedoc-Roussillon, l’enrichissement du fonds de reliure contemporaine et, pour terminer, la part donnée aux créateurs hors région. A tout cela j’aurais envie d’ajouter la notion de coups de cœur.
Prenons quelques exemples.
Pour la pertinence par rapport aux fonds existants : Braque, Cinq poèmes de René Char (Fonds Sabatier d’Espeyran) ; Antoni Clavé, Albert Dubout (Fonds Rabelais) ; Allo ! Paris ! avec des lithographies de Robert Delaunay (Fonds Delteil). Concernant le fonds Delteil notons aussi la commande d’une série de dessin faite à Hervé Di Rosa pour illustrer Choléra.
Parmi les acquisitions faites sur le critère géographique citons, pour les auteurs, Ode à Santa Fé de Frédéric- Jacques Temple avec des lithographies d’Alain Clément et, pour les illustrateurs, Le poème mis à nu par son poète même de José Pierre illustré par Patrice Vermeille.
Le critère géographique joue également pour les publications d’éditeurs régionaux : Fata Morgana, La Garonne (avant que Patrice Pouperon ne quitte Lirac), Artci-lab, Jacques Brémond, CMS, Pousse caillou…
Le fonds de reliures contemporaines s’est enrichi grâce à des dons (Germaine de Coster, Hélène Dumas), à des achats soit en ventes publiques soit auprès de relieurs ou encore grâce à des commandes(Jean de Gonet, Monique Mathieu, Renaud Vernier, Daniel Knoderer...)
Pour compléter il convient d’évoquer les achats faits à l’occasion de manifestations particulières comme pour cet exemplaire de Configuration d’Aimé Césaire avec des lithographies de Jean Pons acquis lors d’une Comédie du livre.

Vers la BMVR
Ces collections trouveront un cadre nouveau de mise en valeur lors de l’ouverture de la bibliothèque municipale à vocation régionale(BMVR) avec, par exemple, la salle d’exposition de plus de trois cent mètres carrés prévue au rez-de-chaussée du bâtiment.
Le troisième niveau sera consacré aux collections patrimoniales avec notamment trois salles de consultations dont une salle de bibliophilie qui reprendra l’esprit de l’actuelle la salle Sabatier d’Espeyran. Elle comprendra sur trois cotés des meubles fermés contenant les collections et, sur le quatrième, une vitrine pour présenter des livres illustrés.
La ville de Montpellier a engagé, depuis 1993, une politique d’acquisition patrimoniales régulière (nouveautés et achat rétrospectifs). Ces enrichissements ne manqueront pas de continuer après l’ouverture de la BMVR.


Voir aussi l’article de Gilles Gudin de Vallerin « La bibliophilie contemporaine : un pôle d’excellence à Montpellier » paru dans le Bulletin des bibliothèques de France 1997, n°2


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