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#9 Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8 Les ateliers d’écriture - #7 Rencontrer des auteurs - #6 Présence de la poésie contemporaine - #4 Les revues à la barre - #2 Livre d'artiste, livre de bibliophilie - #1 Fonds et politique d’acquisitions en librairie


Contrepoint(s) numéro 2
> Dossier : Livre d'artiste, livre de bibliophilie
Livre d'artiste, livre de bibliophilie... livre ! Dominique Mans
P.A.B : des bibliophiles alésiens au musée bibliothèque Pierre André Benoit. Axel HEMERY
Une collection publique : visite guidée. Gladys BOUCHARD
La bibliothèque et le patrimoine contemporain : "les livres singuliers" de la médiathèque la Durance à Cavaillon. Martine PRINGUET
Acquisitions précieuses et soutien de l'Etat. Claude GREIS
Pourquoi créer dans une bibliothèque de lecture publique un pôle autour de l'édition de livres différents. Martine CRIBIER
Jacques Clauzel : un portrait. Benoît LECOQ
Artiste et éditrice : où est la rigueur et où est la vague ? Astrid GERAUD
Figures du livre. Michaël GLÜCK



Comme tous les concepts qui ont un peu d'ancienneté, celui de livre d'artiste renvoie, selon l'interlocuteur, à des réalités sensiblement différentes. A partir de la fin du XIXème les "livres illustrés" sont nombreux ; certains ont une réputation - et une cote- remarquables, tels ceux illustrés par Picasso, Matisse… Les illustrations en question sont originales, soit peintures, soit gravures, les tirages limités à quelques, voire quelques dizaines, d'exemplaires.

Dans les années 1960-1980 « en rupture avec la tradition bibliophilique du livre illustré ou du livre de peintre fait à la main et dans lesquels un artiste associe ses gravures au texte d'un écrivain « le livre d'artiste » a pour seul auteur un artiste qui choisit de faire œuvre sous la forme du livre moderne. Le livre d'artiste se présente donc comme un livre d'apparence ordinaire, de format modeste, imprimé à l'aide de techniques contemporaines telles que l’offset, en édition la plupart du temps non limitée. » (in « Livres d'artistes, l'invention d'un genre 1960- 1980 ».BNF, 1997).
Aujourd'hui le terme livre d'artiste souffre, me semble-t-il, d'un manque d'identité. Loin de moi le projet de continuer plus avant dans l'exploration de l'histoire de la production de livres originaux ; d'autres ont plus compétence à le faire ; les catalogues d'exposition réalisés par des conservateurs, par ex. "Le corps du livre. L’œuvre éditoriale de Gervais Jassaud" réalisé par Benoît Lecoq pour l'exposition à Carré d’Art en juin 98, ou encore les interventions d'autres conservateurs lors de séminaires sur les fonds contemporains dans les bibliothèques, par exemple celles de Martine Pringuet sont riches d'éléments d'histoire, d'analyse, de connaissance de l'édition contemporaine.
Ma pratique professionnelle et personnelle du livre dit d'artiste remonte à peu d'années je suis bien en peine aujourd'hui de donner une définition, ni même de choisir un terme satisfaisant pour désigner ces livres que j'ai souhaité mettre en valeur, faire connaître, conserver dans les bibliothèques dont on m'a confié la charge.
Mon approche a été, dés l'origine, très pragmatique : ayant la responsabilité de la bibliothèque municipale d'Alés, ville de André Benoît, dont Antoine Coron loue le travail en ces mots en 1977 "Le livre d'artiste est aujourd'hui le lieu de prédilection des poètes de notre temps et de leurs amis peintres ou sculpteurs. Il est symptomatique que trois des plus grands éditeurs de ces années écoulées -iliazd, Pierre Lecuire, Pierre André Benoît- fussent aussi des poètes, comme Guy Lévis Mano." (in "Le livre et l'artiste 1967-1976. B.N.1 977), il m'a paru nécessaire et évident de rendre hommage a son oeuvre, en donnant à voir, en écho au travail de mise en valeur des livres de PAB mené par le musée-bibliothéque qui porte son nom, des livres de création réalisés par des éditeurs et des artistes vivants en commençant par les plus proches géographiquement.
Nécessaire de donner à voir ces livres sortis des mains d'artisans-artistes, artisans en ce qu'ils possèdent à la perfection des techniques d'impression et de gravure acquises grâce à un long apprentissage, artistes en ce qu'ils utilisent pour créer. Évident de faire connaître ces livres nés au confluent de l'imaginaire et de la main, sous la surveillance amoureuse et acérée de l'oeil, de donner à voir ces livres réalisés en peu d'exemplaires et donc peu connus en dehors des circuits fort hermétiques des collectionneurs et des soutes de la BNF où ils sont pour leur conservation, Donner à voir ces livres fragiles, souvent coûteux - pas toujours, ni nécessairement - parce que la bibliothèque est un lieu de découverte libre" (Dominique Arot in "Les faiseurs de livres.Actes du CEBRAL 1997), parce sa mission est de montrer le livre dans tous ses états, parce que l'acte de création qui aboutit à tel ou tel livre singulier est issu de la sensibilité d'un être humain vivant dans le monde d'aujourd'hui, reflet de ce monde.

Indispensable de proposer la découverte de ces livres si différents, si divers, si étranges parfois, comme une offrande aux publics, les placer sur leur chemin comme, prétexte, qui sera saisi ou non, à émotion, appel à découverte d'un imaginaire autre, incitation à la complicité.
Donner à voir aussi ces livres singuliers aux collègues de la bibliothèque, formation permanente à la connaissance de cet objet protéiforme qu'est le livre, à la production des "Petits éditeurs".
Rencontrer des auteurs, des artistes, des éditeurs, un colporteur, qui, tous, ont en partage la passion de découvrir sensoriellement, mensuellement, un livre dont on peut tourner les pages, dont on sent le matériau dans ses mains, dont on voit les formes, le grain, dont on peut humer l'odeur.
Organiser des manifestations autour des livres singuliers, constituer un fonds contemporain est, pour moi, au coeur de la mission de lecture publique, relevant à la fois de la fonction patrimoniale - enrichir et transmettre le patrimoine écrit, choisi, conservé et légué par nos prédécesseurs - et de la fonction de diffusion et de médiation culturelle.

A travers les animations réalisées pendant sept années à Alès, le public a pu découvrir des livres, rencontrer leurs créateurs, se confronter à des techniques de gravure et d'impression dans des ateliers, écouter des lectures de textes, faites souvent par leurs auteurs. Ces manifestations étaient placées sous le signe de la rencontre, au moment même où elles se déroulaient, toujours possibles ensuite à travers les catalogues édités et les expositions réalisées périodiquement ensuite à partir du fonds qui s'enrichissait régulièrement au fur et à mesure des achats et des dons des artistes et des éditeurs. Affaire de rencontre, l'ai-je assez dit, de relation dans la durée, le livre singulier - sans doute est-ce là le terme qui me parait, aujourd'hui, le plus apte à dire la richesse et la diversité - n'est pas forcément très coûteux ; des manifestations de plus en plus nombreuses et de plus en plus fréquentées, proposent la rencontre de ces livres, de leurs auteurs et de leurs éditeurs.
Pour être bibliothécaire, on n'en est pas moins lecteur et amateur ; mon fonds contemporain imaginaire personnel comprendrait, aujourd'hui, des livres aussi divers que : "Les guenons dactylographes" texte d'Arrabal enluminé par Patrice Pouperon, Ed. La Garonne ; "Erebe, Ébène" texte de J.Lacarrière, manières noires d'Albert Woda, Ed. de l'eau "L'Etoffe des corps" texte de Lionel Bourg, encres de Yvon Guillou, Cadex éditions "Les jours et les autres " texte de Jacques lmbert, oeuvres originale d'André Pierre Arnal, Éd. J.Brémond ; "Premier pli" de Liurence Didion et Jacques Pezerat, Ed. La Saulaie, "Chants de refus" texte de Anise Koltz, peintures de Anne Siacik, E. Lucien Schweitzer ... ce n'est qu'une sélection, tout à fait personnelle, qui est ouverte à toutes les découvertes à venir.

Qu'il me soit permis de faire ici un aveu ; le travail autour des livres singuliers, la rencontre avec tant de livres, de créateurs a entretenu en mon esprit l'écho d'une petite phrase de PAB, rapportée par Jean-Louis Meunier, lui-même éditeur à côté de ses activités d'enseignant, « les livres qu'on désire voir, il faut les faire exister », et j'en suis venue à créer avec une amie peintre, Bernadette Griot-Cullafroz, une toute petite maison d'édition, "L'Entretoise".

S'il fallait tenter de résumer ce sans doute trop long bavardage en quelques mots, je parlerais de passion du livre singulier.

Martine Cribier
Conservateur, Directrice des bibliothèques d'Échirolles


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