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Contrepoint(s) numéro 4
> Dossier : Les revues à la barre
Editorial
Les revues à la barre. Thierry Guichard
Quelques revues en region : Grèges ; Brèves ; Néant 97 ; Levant ; TIJA ; Quasimodo ; Jade



L’une est la plus ancienne revue française de nouvelles, une autre fait partie des plus belles, celle-ci arpente un territoire original et profondément universel, cette autre travaille l’extrême contemporain de la littérature. D’autres agissent pour constituer un espace communautaire autour de la Méditerranée, visent à la transversalité de leur axe de réflexion, ouvrent leurs pages à la bande dessinée et à de jeunes auteurs…

On n’en finirait pas d’énumérer, dans le paysage des revues de création, les titres singuliers qui ont fleuri en Languedoc-Roussillon. Cette prolifération doit beaucoup probablement au progrès informatique. Le coût des revues s’est ainsi vu rabaisser, car le travail de saisie, de mise en page est aujourd’hui réalisé par les membres de ces publications. Bénévolement, bien sûr. Restent seulement les coûts d’impression (mais Brèves, par exemple, s’imprime elle-même), de la diffusion (téléphone, essence) et de la distribution (frais postaux).
La croissance démographique exponentielle de Montpellier est une cause non négligeable aussi de cette prolifération à l’échelle régionale. Trois titres, au moins, se sont installés dans la préfecture héraultaise pour raison professionnelle d’un des responsables.

Étranges prévenues

Pour le reste, on évoquera le soleil, et la qualité de vie du sud. Car on ne peut pas dire que les revues soient beaucoup soutenues. Peu d’aides financières, peu d’échos de leur travail dans la presse, peu de soutien de la part des libraires (30 librairies en France pour Grèges) et des bibliothécaires (aucune en France ne s’est encore abonnée à TIJA). Pour autant, vous n’entendrez pas beaucoup de plaintes à ce sujet du côté des responsables de revues : ils savent combien la singularité est difficile à percevoir dans un monde qui érige la standardisation en art de vivre. Les revues ne respectent pas souvent les échéances du calendrier (voyez Levant qui en met du temps à nous proposer son nouveau numéro), leur indépendance les porte souvent à l’écart des institutions culturelles, leur polyphonie originale en fait des casse-tête pour les journalistes.
Malgré cela, des revues que nous avons rencontrées, aucune n’a renoncé à proposer des animations, expositions, conférences auprès des professionnels du livre ou auprès des galeries d’art. Pour La Comédie des Revues prévue fin mai, la solidarité joue à plein pour rendre le plus visible possible chacune des lectures, chacun des débats auxquels on pourra assister. C’est un peu le paradoxe de cette édition : condamnée (avec un certain consentement) à la confidentialité, elle fait tout pour se faire connaître du plus grand nombre.

Plaidoyer

Les revues représentent un outil très intéressant pour les bibliothèques et les librairies. Leur lectorat est constitué pour une part de grands lecteurs (et grands consommateurs de livres pour user d’un vocabulaire à la sauce économique) et d’un certain nombre d’écrivains en herbe. Certaines développent la réflexion (cf. Quasimodo), d’autres la création (TIJA), d’autres encore l’information (Brèves et ses dossiers ou ses notes de lecture). La plupart développe ces trois axes. Il devient dès lors facile de travailler avec les revues. Les publications thématiques permettront de constituer des tables (ou valises pour les BDP) autour d’un sujet : par ex. le N°45 de Brèves consacré à la Grèce peut réunir autour de lui des ouvrages sur l’histoire, des guides, des romans, etc.. Les publications qui proposent de l’information sont très prisées des grands lecteurs qui savent ne pouvoir trouver que dans leurs pages l’annonce d’une parution chez tel ou tel éditeur de poésie. Elles permettent donc de toucher un lectorat éclairé, souvent esseulé, et qui trouvera là un écho à ses attentes. Les revues qui accueillent des textes d’inconnus sont, en matière de lecture, très apéritives : entendez qu’elles peuvent être un premier pallier pour faire lire des personnes que l’écriture titille.

Des complices

Parmi les facteurs à prendre en considération au moment de choisir de vendre telle ou telle revue (librairies) ou de souscrire un abonnement (bibliothèque) le critère de proximité géographique est primordial. Non qu’il faille défendre à tout prix une pseudo identité régionale (ne la cherchez pas chez TIJA) mais parce que cette proximité permet plus facilement la complicité.
Ainsi est-il plus facile d’organiser une soirée de lectures autour des auteurs d’une revue ou profiter de sa notoriété d’acteur culturel (ainsi, la manifestation Belles Étrangères Belgique coorganisée par Brèves fut-elle un succès).
À ce titre, les revues de la région permettraient à elles seules de remplir un calendrier de manifestations. Des expositions-lectures de Grèges aux lectures-performances de TIJA en passant par les conférences de Levant ou de Quasimodo, les modes d’expression sont multiples.
Mais la mobilisation et l’activité militante sont communes et, solidarité oblige, on risque de voir, lors d’une soirée consacrée à une revue, des confrères dans la salle…
La revue synonyme de succès populaire?


Thierry Guichard


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