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Contrepoint(s) numéro 6
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par René Pons
De vive voix, la poésie. Pierre HILD
Le rôle des revues en matière de poésie. Lambert BARTHELEMY
Propos d'une poètesse. Anne-Marie JEANJEAN
Poésie : marge et contre-marge. Gérard FABRE
La poésie occitane depuis 1950
Poèmes inédits de Michèle CAVALLERI, René PONS, Tobie LOÇEK, Salah STETIE, Jean Gabriel COSCULLUELA, LJH
La poésie en Languedoc-Roussillon



Y-a-t-il un renouveau poétique, dû aux poètes, à leurs passeurs, à leurs lecteurs et auditeurs? La poésie, en France ( et dans notre région), vit-elle un printemps que les serres institutionnelles auraient conditionné? L’œillet de poète se porte-t-il, ô dernier cri, en boutonnière? La poésie se déboutonne-t-elle? La poésie, serait-ce du dernier chic?
Face aux points d’interrogations que génère tout effort poétique, les exclamations et constats fusent, faisant parfois passer le vers pour un slogan ou le poème pour un bilan comptable. Comme le dit, dans un entretien récent, Michel Deguy: « On peut aussi bien dire « la poésie n’existe plus! » que « la poésie est partout !». Les deux propositions sont vraies: tout dépend de l’échelle. » Sur le même mode, face aux renoncements de certains éditeurs, un autre vous dira qu’il est plus viable de publier un recueil de poésie qu’un premier roman. La poésie, son entre-deux actuel, où se logent-ils?
Au-delà des comparaisons malaisées des paysages créatifs, éditoriaux, de la poésie d’aujourd’hui et d’hier, il est un fait peu discutable: les manifestations donnant à voir et à entendre la poésie se multiplient avec succès. Près de nous, les voix méditerranéennes de Lodève, les rencontres poétiques de Montpellier, Poézie 2000/2001, « à leur échelle », suscitent un enthousiasme, que beaucoup n’auraient pas prédit. Lit-on encore de la poésie? Attend-on encore après elle? La réponse, décentrée, est là, parmi les affluences disparates que savent réunir ces événements.
Certes, on est loin, encore, du rapport populaire qu’entretiennent certains pays et leurs poètes - le Portugal, par exemple. La poésie n’est pas encore assez sortie d’elle-même pour rencontrer ceux qui espèrent son insularité. Certains microcosmes poétiques ,qui, derrière la flamme, cultivent le compassé, soufflent encore un chaud et froid qui gèlent les ardeurs des non-initiés. Les pouvoirs publics calquent trop souvent leurs « ouvertures poétiques » sur des schémas promotionnels. Les éditeurs - si l’on excepte la collection poésie-gallimard ou l’éditeur derrière la salle de bain- maintiennent le livre à un prix uniforme, qui s’il n’excède pas le prix d’un disque( par exemple), reste élevé - quand aura-t-on l’équivalent des collections espagnoles à cinq cents pesettes ( 20 francs)? Un mouvement est pourtant là, qui souffle autour des chapelles que certains remplissaient de leur morgue. Un souffle.
A ceux qui redoutent que cette ouverture fabrique une mode et une industrie de la contrefaçon poétique, à ceux qui y voient un gavage acculturant, on renverra le miroir dans lequel la poésie se trouvait belle pour elle-même, sa propre garde autophage. C’est au cœur même de ces rencontres, dans leurs débordements incontrôlables, leurs échappées, que s’entendra un peu de ce qui fait la poésie: des libertés rendues à la parole, un irrécupérable, que la simple humeur d’un point de vue de saison ne saurait approcher, même du bout des doigts.
P.S.: reste à lire. En hommage à la dernière édition de Lodève - il y était et sa présence incandescente-, considérant la gageure de ne donner qu’un titre, ouvrez Anachronismes, le dernier texte de Christophe Tarkos, paru en ce début d’année chez Pol.

Pierre Hild


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