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Contrepoint(s) numéro 6
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par René Pons
De vive voix, la poésie. Pierre HILD
Le rôle des revues en matière de poésie. Lambert BARTHELEMY
Propos d'une poètesse. Anne-Marie JEANJEAN
Poésie : marge et contre-marge. Gérard FABRE
La poésie occitane depuis 1950
Poèmes inédits de Michèle CAVALLERI, René PONS, Tobie LOÇEK, Salah STETIE, Jean Gabriel COSCULLUELA, LJH
La poésie en Languedoc-Roussillon



Plus de vingt cinq années d'expérimentation de l'écriture à travers les publications en revues, ou sous forme d'ouvrages traditionnels, puis le passage par le théâtre, suivi par le montage sonore en studio (avec Ecrits Studio au GMVL de Lyon), la collaboration avec plusieurs musiciens (dont dernièrement la réalisation de "! YA BASTA !" par Vincent Ferrand, puis "HISTOIRE D'AMOUR" avec Julien Tarride) et enfin la pratique du collage visuel, caractérisent ce parcours en permanente recherche et questionnement.

Depuis quelques années, c'est la tension entre sonore et visuel que je ne cesse d'interroger ; ceci est sans doute plus perceptible, plus aigu dans certain textes que dans d'autres : par exemple dans "Ainsi chantait Miss Drac'ula" que Jean-Pierre Bobillot a choisi de publier dans sa collection, ou dans "Histoire d'Amour"... mais cette manière d'écrire avec de la colle ou des ciseaux (mais pas seulement...) de la couleur, du rythme, tout en alliant d'autres techniques, me permet d'aller plus loin dans l'exploration du fragment et son traitement, puisque je suis absolument convaincue de la richesse et de la plasticité de l'écriture.
Mais contrairement à quelques idées bien ancrées dans notre pays, ces deux techniques requièrent une rigueur implacable dans l'écriture elle-même.
Du morcellement visuel au concassage sonore, l'expérience passe par bien des détours. Pour le sonore, la difficulté est - aussi - d'ordre matériel : un studio équipé convenablement s'avère d'un coût très élevé. Je ne peux donc pas travailler autant que je le souhaiterais moi-même. Tandis que les modestes techniques plastiques que j'utilise sont très abordables, la difficulté est alors d'articuler l'édition des textes (toujours lente), avec la réalisation matérielle des pièces et les expositions.
Ce qui, du reste, me paraît curieux, c'est le silence très consensuel autour de l'écriture sonore ou visuelle... comme si cette plasticité n'était pas prise en compte, les débordements toujours à craindre... les graffitis... de très "mauvais genre"... Bref, les cloisonnements sont toujours étanches... sauf... pour celles et ceux qui jonglent allègrement avec différentes techniques. Je dois dire que des artistes d'autres cultures rencontrés tant au Colloque de Cerisy
(1) qu'à Ecrits Studio, au théâtre, voire aux 38èmes Rugissants de Grenoble(2) cet automne, m'ont confortée et enrichie dans cette voie de recherche(3).

Dans quelques semaines paraîtra aux éditions de l'Harmattan le texte intégral du triptyque LA VEINE BASILIQUE, écrit de 1989 à 1996 qui comprend donc "La Cantate Barbare" et ses deux suites.
Si j'en ai traité des extraits de manière visuelle, par contre, du point de vue sonore, je ne peux à l'évidence tenter l'aventure seule... J'ai imaginé bien autre chose... (Si, un jour, un musicien s'intéresse à ce texte en alliant instrumentation traditionnelle, technique électro-acoustiques et vocales, cela pourrait être étonnant...).
Cela dit, une lecture silencieuse et solitaire est bien sûr à même d'emporter son lecteur bien loin du quotidien... C'est le propre de l'écriture... cette écriture "nue" et "aride"... qui, et ce n'est pas du tout un paradoxe, m'est essentielle.

A.M. Jeanjean

(1)"Poésie sonore/poésie action" dirigé par JP Bobillot et B. Heideseick, auquel je participais.
(2) Pour l'audition de "Histoire d'Amour" avec d'autres écrivains invités par Patrick Dubost et le directeur du GMVL Bernard Fort.
(3) Aussi, afin de pouvoir mieux dialoguer avec quelques poètes qui se posent ce type de questions, j'ai créé en 97, la micro collection Tardigradéditions qui me permet maintes découvertes.





Anne-Marie Jeanjean vit et travaille près de Montpellier. Elle publie dans de nombreuses revues, se confronte à l'expérience théâtrale, pratique le montage sonore, réalise des séries de collages visuels. Elle a édité et co-dirigé la revue de création Textuerre.

Bibliographie (extraits) :
- La Veine Basilique. - l'Harmattan, 2001
- En ce temps-là. - Tardigradédition, 2000
- Ainsi chantait miss Drac'Ula. - Coll. Electre, 1998



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