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#9
Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8
Les ateliers décriture - #7
Rencontrer des auteurs - #6 Présence de la poésie
contemporaine - #4 Les revues à
la barre - #2 Le livre dartiste
- #1 Fonds et politique dacquisitions
en librairie

Contrepoint(s) numéro 6
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par René Pons
De vive voix, la poésie. Pierre HILD
Le rôle des revues en matière de poésie. Lambert BARTHELEMY
Propos d'une poètesse. Anne-Marie JEANJEAN
Poésie : marge et contre-marge. Gérard FABRE
La poésie occitane depuis 1950
Poèmes inédits de Michèle CAVALLERI, René PONS, Tobie LOÇEK, Salah STETIE, Jean Gabriel COSCULLUELA, LJH
La poésie en Languedoc-Roussillon

 C'est une lourde banalité d'écrire que la poésie est affaire de médiation, d'interception et d'interrogation du monde par l'individu. C'est pourtant là que se définit le sens même de l'acte poétique : une individualisation qui s'étend... à la mesure d'un indéfinissable lectorat... à la communauté entière, par transmission (orale et/ou écrite) et se fonde dans l'expérience commune. Mais le dire ainsi sèchement n'est pas suffisant. Car ici pas de trame romanesque (fiction), pas de chronologie repérable (histoire), pas de personnages en situation (héros et contre-héros), pour détourner ou habiller le sens et l'universaliser. Les qualités de déchiffrement du monde et celles de sa transcription sont les valeurs même de ce passage de l'individu à la société. Nul doute que Villon, Rimbaud, Yeats ou Rilke, las de par le monde, en sont des exemples parmi les plus voyants.
Que la poésie soit l'un des plus anciens véhicules de la pensée la pare de noblesse certes, mais la dessert à l'"ère de la modernité et de la technologie". Ringardisée à l'école (au mieux Carème et Prévert), désertée par la critique et les médias, laminée par le développement du roman standard, elle ne semble plus répondre aux préoccupations d'une société moderne, dans laquelle l'économique et l'utilitaire s'imposent à la culture. Les lois du marché (demande étroite, soupire-t-on dans la grande édition) l'ont repoussée à la marge du phénomène et de la consommation culturels. Librairies, bibliothèques publiques et autres institutions ne lui consacrent au mieux qu'une étagère malaisée à dénicher, encombrée de "poche" de nos chers disparus, ne cédant que la portion congrue aux créateurs contemporains.
Ce glissement progressif vers la marge se double pourtant - et c'est là un premier paradoxe édifiant - d'une vitalité certaine. Il n'y a jamais eu autant d'éditeurs de poésie ni autant de publications de recueils poétiques (surabondance de l'offre, soupire-t-on encore dans les circuits de diffusion du livre). Les "petites maisons d'édition" croulent littéralement sous l'afflux de manuscrits.
Il n'est presque plus de romanciers, d'essayistes, de journalistes ou autres communicateurs qui ne démarchent pour éditer leur "petite oeuvre poétique". C'est que malgré sa pauvreté en termes économiques. Dame poésie confère encore prestige, noblesse ou statut littéraire à ces boulimiques scribouillards. Par ailleurs, écrire semble dispenser de lire. Certains se flattent que "grand dieu, on ne les prendra pas à fourrer leurs deux yeux dans la poésie des autres". Certes "à l'école de la poésie, on n'apprend pas : on se bat" (dixit Léo Ferré), mais la consommation... celle qui nourrit... n'est réservée qu'à la culture officielle, à la fois effet et conséquence du consensus culturel. Ainsi... second paradoxe inquiétant... il y a assurément plus de poètes que de lecteurs de poésie, bien plus "d'écrivants" que de lectorat.
Déjà reléguée aux mains de l'association à but non lucratif et aux bénévoles permanents de l'édition, la poésie dérive en cahotant vers les franges même de la marge. Là, seule ou presque, où ultime veilleur et recours contre l'économie de la culture, elle se poste dans l'attente d'une "révolution" de la littérature à venir, à rêver.
Gérard Fabre
© Photo Richard Bruston

Gérard Fabre dirige les éditions Cadex
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