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Contrepoint(s) numéro 6
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par René Pons
De vive voix, la poésie. Pierre HILD
Le rôle des revues en matière de poésie. Lambert BARTHELEMY
Propos d'une poètesse. Anne-Marie JEANJEAN
Poésie : marge et contre-marge. Gérard FABRE
La poésie occitane depuis 1950
Poèmes inédits de Michèle CAVALLERI, René PONS, Tobie LOÇEK, Salah STETIE, Jean Gabriel COSCULLUELA, LJH
La poésie en Languedoc-Roussillon



La poésie occitane des dernières années se présente comme la quatrième grande période poétique, dans la continuité des précédentes dont elle est l'héritière, et en rupture avec elles. Rappelons qu'après l'âge d'or (XIIe-XIIIe siècles) des troubadours occitans, premiers poètes européens en langue vulgaire, une Renaissance baroque a suivi, aux XVIe-XVIIe siècles, une période de déclin relatif. Au XIXe siècle, le félibrige, Mistral en tête, a tenté de redonner au provençal une authentique littérature. Son influence a marqué, directement ou de façon négative (comme modèle dont se démarquer), toute la poésie occitane contemporaine. Voici quelques-uns des principaux auteurs de ce renouveau poétique.
Max Rouquette est né en 1908 à Argelliers, dans l'arrière pays montpelliérain. Il célèbre dans les cinq volumes en prose narrative de Verd Paradis [Vert Paradis] la splendeur indifférente d'une nature solaire marquée de néant par la fuite du temps. Ses recueils poétiques tentent d'exprimer le bonheur et l'angoisse ressentis devant l'insoutenable et fragile beauté de la nature, ainsi que la vie animale et végétale qui l'anime: Lo Saumes de la nuoch [Les Psaumes de la nuit] (1984), Lo maucor de l'unicorn [Le Tourment de la Licorne] (1988), D'aici mila ans de lutz [A mille années lumière] (1995).
Languedocien de Carcassonne, René Nelli (1906-1982), nourri de la poésie des troubadours et de la pensée religieuse cathare, les incorpore à une écriture qui s'inscrit dans les aventures poétiques de son temps (Valéry, les surréalistes), mais elle aussi obsédée par l'absence et le néant. Citons Arma de vertat [Âme/arme de vérité] (1952) reprise dans L'Oeuvre poétique occitane (1981).
Max-Philippe Delavouët (1920-1990), "bâtisseur patient d'une tapisserie cosmogonique" (Ph. Gardy), se livre dans ses cinq volumes, tous intitulés Pouemo, et dans une langue et une graphie mistralienne, à une "incessante poursuite du néant dans une forme unique" (id.), la même strophe de six vers toujours reproduite, où s'épanouissent de somptueuses images baroques sans cesse renouvelées.
Marcelle Delpastre (1925-1998), dans ses Saumes pagans [Psaumes païens] (1974), "renoue avec la materialité des pierres et des arbres, l'épaisseur des êtres et des paroles intimement mêlée à la densité des éléments fondateurs: l'eau, l'air, la terre et le feu". Cette poétesse limousine exprime, en même temps que la présence puissante du souffle de dieu dans la création, "L'impuissance du poète aux prises avec des mots qui n'en finissent pas de se détourner de lui."
Bernard Manciet (1923), dans son oeuvre maîtresse L'Enterrament a Sabres [L'Enterrement à Sabres] (1989), recompose son univers des Landes de Gascogne à l'occasion des obsèques de la dauna, femme-ancêtre, dans une sorte d'office funèbre en seize parties ou se mêle dans une confusion de mots et d'images la totalité du cosmos. Citons également ses Sonets [Sonnets] (1996), parmi une oeuvre foisonnante de richesse et de diversité.
Robert Lafont (1923), à côté d’une oeuvre d'essayiste et de romancier, n'a cessé d'écrire de la poésie depuis Dire (1957) et Aire Liure [Air libre] (1974). La Gacha a la cisterna [Le Guetteur à la citerne] (1998), dans une versification rigoureuse, fait l'inventaire des guerres et des massacres de l'histoire, ainsi que des rapports de l'homme avec les "espaces" que sont la femme, la mer, le ciel et le cosmos.
La place nous manque pour évoquer les poètes des générations suivantes dont nous ne citerons que les noms. Nés dans les années 30 : Yves Rouquette, Jean Larzac et Serge Bec. Nés dans les années 40 ou 50 : Philippe Gardy, Jean-Yves Casanova, Roland Pécout, Jean-Pierre Tardif, Jacques Privat, Jean-Luc Sauvaigo, Jean-Yves Royer, dont la plupart ont été édités aux éditions JORN.

Jean-Claude Forêt


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