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Contrepoint(s) numéro 7
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par Benoît Lecoq
L'auteur est là, vous aussi… Jean DEBERNARD
Fausse présence. René PONS
Pourquoi je rencontre des enfants. René ESCUDIE
Lire-Rencontrer. Gérard FABRE
Flambeurs et croqueurs. Régine DETAMBEL
Toujours est-il que j'ai accepté en plusieurs occasions de lire mes poèmes. Bernard CHAMBAZ
Pour la rencontre. Jean-Louis VIDAL
Ecrire c'est se plonger dans un territoire de solitude. Emmanuel DARLEY



Jean Debernard a longtemps dirigé la librairie Molière à Montpellier,. Il est par ailleurs l'auteur de Feuille de route (Climats, 1992) et d'Edmond Caumat, deuxième classe (Climats, 1996). Son troisième roman, Simples Soldats est paru en août 2001 chez Actes Sud. Pour Contrepoint(s), il revient ici sur son expérience de libraire, qui pendant vingt-cinq ans, a animé, dans les caves de sa librairie, des rencontres d'écrivains.

L’auteur est là, vous aussi, quelques personnes sont venues l’écouter. Allons-y.
Pour démarrer la séance, un mot de bienvenue. N’oubliez pas de remercier l’assistance qui a fait l’effort de se déplacer. Ensuite, et bille en tête, assurez vous-même trois ou quatre minutes de lecture du texte présenté. On vous écoute. Votre invité n’en perd pas une miette. Si votre lecture est agréable il s’en attribue légitimement le mérite. En se disant : tiens, tiens mais il n’est pas mauvais du tout ce passage-là, je ne vois pas un mot à changer. Il est heureux. Ou bien la lecture n’est pas fameuse, le passage peut-être mal choisi. Votre écrivain pense alors que vous lisez comme un cochon. Il veut sa revanche. Le voilà stimulé.
Dans l’un ou l’autre cas, c’est gagné. L’auteur bien réveillé, votre rencontre est sur ses rails.
A ce moment-là, mais en quelques phrases claires et brèves, ce qui n’est pas toujours facile, présentez le livre. Donnez votre propre point de vue de lecteur. Avec passion et simplicité. Votre analyse, vos sentiments. Pas ceux de Josyane Savigneau (du Monde) ou de Thierry Guichard (du Matricule des Anges). Les maîtres. Aujourd’hui c’est votre sensibilité qui compte, vos appréciations personnelles. Le plaisir que vous a donné la lecture. Evitez la thèse de troisième cycle et la publicité de quatrième de couverture. Soyez simple, joyeux, convaincant. Dans le cas d’un roman, amorcez l’intrigue pour mettre en appétit. Quand les yeux de votre assistance pétillent et que les langues se font pendantes, le moment est venu de dire que vous n’en direz pas plus.
Invitez alors l’écrivain qui piaffe depuis quelques instants, à donner son avis sur ce qu’il a voulu faire et raconter. La bride sur le cou. Quand il reprend son souffle, invitez-le de manière pressante à lire lui-même quelques pages de son œuvre.
Il plonge avec joie dans son texte, sait ce qu’il veut lire mais perd les petits marque-pages qu’il a glissés aux bons endroits, se trompe de passage ce qui n’est pas grave et entame la lecture par laquelle il envisageait de conclure. Tout va bien. Ce joyeux désordre est mis par votre public sur le compte de l’émotion culturelle.
Après sa lecture, léger commentaire de votre part. L’auteur vous interrompt. Certes, il voit les choses comme vous mais avec des nuances. En plus il y a ceci et cela qu’il ne faudrait pas négliger. Une main se lève dans l’assistance pour une première question. C’est la plus dure à faire venir. Quand elle se dresse spontanément la réussite de votre rencontre est assurée.
Désormais tout baigne. Car la deuxième question surgit très vite, qui se veut plus pertinente que la première. D’autres commencent à se bousculer. Donnez la parole à votre auteur, qu’il puisse avoir le dernier mot.
Et préparez-vous à conclure, l’heure de se quitter va bientôt sonner.

Jean Debernard


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