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#9
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Les ateliers décriture - #7 Rencontrer des auteurs
- #6 Présence de la poésie
contemporaine - #4 Les revues à
la barre - #2 Le livre dartiste
- #1 Fonds et politique dacquisitions
en librairie

Contrepoint(s) numéro 7
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par Benoît Lecoq
L'auteur est là, vous aussi
Jean DEBERNARD
Fausse présence. René PONS
Pourquoi je rencontre des enfants. René ESCUDIE
Lire-Rencontrer. Gérard FABRE
Flambeurs et croqueurs. Régine DETAMBEL
Toujours est-il que j'ai accepté en plusieurs occasions de lire mes poèmes. Bernard CHAMBAZ
Pour la rencontre. Jean-Louis VIDAL
Ecrire c'est se plonger dans un territoire de solitude. Emmanuel DARLEY

René Pons vit à Gagean, dans le Gard. Il est l'auteur de nombreux récits et recueils de poésie. Il a dernièrement publié chez Cadex Carnets du Graphomane, en 2000, et aux éditions Le Bruit des Autres un Petit Dictionnaire Subjectif, en 2000.
On m'a souvent reproché de préférer les écrivains morts aux écrivains vivants, ce qui n'est pas tout à fait vrai ; même si je suis reconnaissant aux morts de m'éviter leur corps, leurs tics, l'affichage de leur vanité ou de leur gêne, pour ne me laisser, à travers leur écriture, bien au-delà de leur apparence, que la quintessence de leur être le plus intime.
Assister à la lecture d'un auteur vivant, ce qui m'arrive rarement, ou lire moi-même, lorsque j'y suis contraint, m'est toujours une épreuve. Cette ostentation d'une oeuvre par son auteur, je la ressens, que j'en sois l'acteur ou le spectateur, comme une insupportable manifestation de vanité et d'histrionisme, même si des gens que j'admire s'y livrent ou s'y livrèrent. Je ressens, tout le long de ces manifestations, un je ne sais quoi de décalé, douloureux, par rapport à ce qu'est vraiment pour moi la littérature.
Et puis, la plupart des auteurs lisent mal, c'est étrange ; mais ceux qui lisent bien me paraissent pire encore, tant ils ont l'air pleins d'eux-mêmes, je veux dire sans ce jeu, entre soi et l'acte qu'on accomplit, que permet l'autodérision. Pourquoi, évitant de se montrer en chair et en os, ne profitent-ils pas de cette merveilleuse distance que le livre établit entre l'auteur et le lecteur, pour laisser à ce dernier la possibilité de s'inventer un auteur idéal débarrassé de tous les ridicules bons à faire grincer le rouage du texte, qu'apporte avec elle la présence charnelle de l'auteur ?
Que le public aime poser des questions aux écrivains, je veux bien l'admettre ; mais qu'apporteront à ces questions des réponses qui se trouvent, mieux formulées, du moins on l'espère, dans les livres ?
Néanmoins, et ce n'est pas sans raisons, bonnes ou mauvaises - mais la place limitée dont je dispose m'interdit de les chercher -, que les lectures se multiplient. Comme si l'on voulait toucher la chair de la création. Ce binoclard, qui anone un texte peut-être génial, donne soudain du courage à la foule des anonymes qui lui ressemblent peu ou prou. Il est Monsieur tout le Monde devenu divin. Quelle merveille !
Bien sûr, je suis payé, si je puis dire, pour savoir que les cachets modiques touchés pour ces lectures sont toujours les bienvenus dans la poche d'écrivains rarement fortunés, et je ne reprocherai jamais à personne - même si moi je me le reproche - de se livrer à ces exhibitions ; mais, déchiré, acteur-spectateur, j'évoque simplement ici un malaise que j'éprouve de plus en plus et dont je suis sûr que d'autres le partagent avec moi.
René Pons
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