|
|
|
#9
Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8
Les ateliers décriture - #7 Rencontrer des auteurs
- #6 Présence de la poésie
contemporaine - #4 Les revues à
la barre - #2 Le livre dartiste
- #1 Fonds et politique dacquisitions
en librairie

Contrepoint(s) numéro 7
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par Benoît Lecoq
L'auteur est là, vous aussi
Jean DEBERNARD
Fausse présence. René PONS
Pourquoi je rencontre des enfants. René ESCUDIE
Lire-Rencontrer. Gérard FABRE
Flambeurs et croqueurs. Régine DETAMBEL
Toujours est-il que j'ai accepté en plusieurs occasions de lire mes poèmes. Bernard CHAMBAZ
Pour la rencontre. Jean-Louis VIDAL
Ecrire c'est se plonger dans un territoire de solitude. Emmanuel DARLEY

René Escudié se consacre à son activité d'écrivain et d'auteur dramatique en vivant à Cournonsec, près de Montpellier. Il est aussi écrivain pour la jeunesse. Ses ouvrages ont été traduits en plusieurs langues. Il est lui-même traducteur. Depuis de nombreuses années, il anime des ateliers d'écriture en et hors milieu scolaire, ainsi que des formations d'animateurs et d'enseignants aux pratiques de l'écriture. Membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs du Livre de Jeunesse, il rencontre des enfants à travers toute la France, ainsi qu'à l'étranger
 Par hasard, au moment de rédiger cet article, je retrouve une contribution totalement oubliée à une revue de théâtre . Après une série de cinq rencontres avec des lycéens de Belfort et la lecture dune de mes pièces, je restituais mon angoisse avant la première séance : « Quest-ce que je fous-là ? Et pourquoi ? Et de quel droit ? De quel droit leur infliger mes mots, à eux qui finalement nont pas choisi de venir les entendre ? Est-ce que mes mots vont les atteindre ? Est-ce quils ne vont pas les rejeter ? Me rejeter ? Est-ce quils ne vont pas bailler, se moquer, tousser, ricaner, brailler, chahuter, semmerder ? De quel droit suis-je là ? De quel droit ? »
Il y a de ça près dun quart de siècle. Déjà... Jétais un auteur dramatique, je nécrivais pas encore pour la jeunesse et les rencontres décrivains avec des classes étaient dune rareté absolue. Cétaient certainement la première fois que je rencontrais des jeunes à propos de lécriture. Jen avais eu un choc, je parle « dattention avide » et « dexplosions de réactions », « du flot ardent des questions, la découverte desprits qui vont directement à lessentiel, le dialogue qui sinstalle, dabord entre lauteur et les auditeurs, comme une jeu de balle et qui, ensuite, évolue en une réflexion collective où lauteur nest plus le moteur mais la simple partie dun tout ».
Et, à propos du théâtre -mais jaurais pu tout aussi bien parler de roman ou de poésie- je concluais : « Il nous faut tous, auteurs, metteurs en scène, comédiens, entrer dans les écoles, dans les lycées, partout où lon enseigne, montrer que le théâtre est vie. Et lauteur aussi. LAuteur en premier. Ne pas rester dans son superbe isolement de créââââââteur entre les quatre murs de sa chambre. Il faut aller montrer aux autres et en particulier aux jeunes quil nest pas portrait jauni et aplati entre les feuilles des histoires littéraires. Il faut aller montrer sa gueule, même si elle est vilaine, montrer aux autres que lon vit, que lon mange, que lon boit, que lon rote et que lon pète aussi, comme tout le monde! Montrer que lauteur nest pas cette sorte de dieu fabriqué (au bénéfice de qui, bon sang !) aux panthéons de la culture, ce démiurge dont le moindre mot -la plus infime virgule- est intentionnel, si intentionnel quon peut en tirer trois questions pour une explication de texte... »
Et qualler au théâtre et, pour lauteur se rendre dans les classes étaient des « nécessité(s) pour les jeunes dabord. Pour leur permettre de faire leurs propres choix, pour quils puissent arriver véritablement à leur condition dhommes et de femmes complets, et non devenir des produits standardisés dune culture livresque . Pour quils sachent enfin que le théâtre -puisque je parle théâtre- nest pas lalignement de phrases les unes derrière les autres agrémentées de petits numéros de renvoi dun « lagardetmichard »fané. Pour quils sachent enfin que le théâtre nest pas une autopsie dun auteur mort qui nen peut mais. Quils sachent que le théâtre est verbe et chair, quil bouge et vit, quil leur parle directement, quil les met directement en cause, quil leur pose, à eux, des questions. »
Voilà donc ce que jécrivais, à propos du théâtre, il y a vingt-quatre ans, avec la véhémence du néophyte. Depuis, jai rencontré, pour mes livres, des milliers et des milliers denfants, de jeunes gens et de jeunes filles, à travers la France et dans divers pays du monde, dans des classes primaires, des collèges, des lycées et des universités. Jai pratiqué des centaines dateliers décriture, aidé à la naissance de dizaines et de dizaines douvrages : livres, pièces, opéras, comédies musicales, films. Jai eu la chance de rencontrer des bataillons denseignants merveilleux et soucieux dintroduire la vie dans leur classe. Ce que, jeune auteur de trente ans, javais perçu dans ces premières rencontres et que je croyais simplement être « un moyen de dire mes mots, une occasion de faire une peu de tourisme dans une région que je ne connaissais pas, un changement didées, pas tellement plus... » est devenu, pour le sexagénaire quà ma grande résistance je suis, une évidence totale, une réalité de tous les jours. La rencontre des écrivains (quils soient écrivains pour la jeunesse ou non) et des enfants, me paraît de plus en plus nécessaire : vitale. Si lon veut que la littérature ne devienne pas quelque jour une simple activité ludique, un simple loisir, entre macramé, ping-pong ou gymnastique pseudo orientale à la mode.
René Escudié
© Photo Richard Bruston
Haut de page
|
|