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#9
Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8
Les ateliers décriture - #7 Rencontrer des auteurs
- #6 Présence de la poésie
contemporaine - #4 Les revues à
la barre - #2 Le livre dartiste
- #1 Fonds et politique dacquisitions
en librairie

Contrepoint(s) numéro 7
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par Benoît Lecoq
L'auteur est là, vous aussi
Jean DEBERNARD
Fausse présence. René PONS
Pourquoi je rencontre des enfants. René ESCUDIE
Lire-Rencontrer. Gérard FABRE
Flambeurs et croqueurs. Régine DETAMBEL
Toujours est-il que j'ai accepté en plusieurs occasions de lire mes poèmes. Bernard CHAMBAZ
Pour la rencontre. Jean-Louis VIDAL
Ecrire c'est se plonger dans un territoire de solitude. Emmanuel DARLEY

Régine Detambel a publié plus de 40 ouvrages, romans, récits, essais, livres pour la jeunesse. qui lui ont valu plusieurs prix littéraires, dont le prix Anna de Noailles de lAcadémie Française. Son dernier roman, La Chambre décho, est paru aux Editions du Seuil en septembre 2001. Parmi ses nombreuses activités, elle anime régulièrement chez elle, à Juvignac, des ateliers décriture
 En me faisant connaître, en proposant mes livres là où je ne suis pas en chair et en os, les bibliothécaires me donnent le don d'ubiquité. Ils semblent aussi naturellement immunisés contre ce vertige douloureux qui me prend quand je rapporte un livre à la bibliothèque - un livre que je n'ai donc pas pu annoter dans la marge - et que je me sens dépossédée, dessaisie. La bibliothèque idéale à mon sens, est celle qui possède non seulement un atelier d'écriture (on sait comment l'écriture refaçonne les lecteurs) mais également un atelier de lecture, un atelier de lecture bien faite. Un lieu dont l'existence signifierait que les lecteurs ne rendent pas les livres comme des objets finis et perdus, un lieu qui serait "le réel achèvement de l'oeuvre ; comme un couronnement, comme une grâce particulière et coronale", ainsi que le souhaitait Charles Péguy, un lieu où les lecteurs pourraient laisser une trace de leur lecture. Tout lecteur un peu passionné nourrit et refoule par la lecture un désir d'être écrivain. Ainsi, chaque livre emprunté à la bibliothèque serait doublé d'un autre livre, écrit par les lecteurs cette fois, constitué de leur lecture dynamique, de ces notes marginales qu'ils n'ont pas pu écrire sur le livre ou de leur réécriture de tel ou tel passage. Non, finalement, non. Il est bon d'avoir les yeux plus grands que le ventre, de se laisser flotter dans l'immensité des pages qu'on n'a pas retenues, de tout dévorer, voir tout défiler, ne s'arrêter à rien, jusqu'à la confusion. Cette nausée ivre, cette rêverie, c'est l'aura de la lecture magnifique et désintéressée, un point incertain et vibrant, une vacillation luxueuse à l'idée de ce qu'on a flambé. La liste des choses lues qui font écho en nous mais dont nous serions incapables aujourd'hui de citer la source est une joie de prodigue, et même, de croquer.
Régine Détambel
© Photo Richard Bruston
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