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Contrepoint(s) numéro 7
> Dossier : Rencontrer des auteurs
Editorial par Benoît Lecoq
L'auteur est là, vous aussi… Jean DEBERNARD
Fausse présence. René PONS
Pourquoi je rencontre des enfants. René ESCUDIE
Lire-Rencontrer. Gérard FABRE
Flambeurs et croqueurs. Régine DETAMBEL
Toujours est-il que j'ai accepté en plusieurs occasions de lire mes poèmes. Bernard CHAMBAZ
Pour la rencontre. Jean-Louis VIDAL
Ecrire c'est se plonger dans un territoire de solitude. Emmanuel DARLEY



Emmanuel Darley, romancier dramaturge.

Banalité d’usage : écrire c’est se plonger dans un territoire de solitude. S’affronter des jours et des jours avec bonheur ou bien douleur avant de donner à lire ou à voir selon que ce soit roman ou théâtre. Pas grande différence. Tout de même pour cette confrontation-là qu’on écrit. Pas forcément qu’on vous dise qu’on vous aime, encore que, sans doute ça le but inavoué, mais que quelque chose, à partir du texte enfanté, s’échange. Qu’il y ait relation entre le lecteur, le spectateur et vous. Drôle de relation. Appréciation simplement formulée, et soi-même on n’est bien incapable en pareille circonstance de dépasser le célèbre J’aime beaucoup ce que vous faites ; véritable commentaire, explication de texte, comparaisons et références multiples à l’appui et là, que dire, que répondre, acquiescer ? abonder dans le même sens ? et surtout, ensuite, comment mettre fin à cette démonstration savante ? ; témoignage timide et confus d’une lecture ou de la vision d’un spectacle où l’histoire personnelle de votre interlocuteur semble douloureusement mêlée. Drôle de chose, oui, de se confronter à ça. A ça et aux questions, elles aussi souvent délicates à contenter : entre les comment faites-vous ? , est-ce que c’est difficile ? ou une des plus jolies que j’ai entendu, à propos du roman Un Gâchis, je ne sais si la question appelait une réponse et en tout cas, j’ai oublié ce que j’ai pu répondre, Comment un aussi charmant garçon peut-il écrire des horreurs pareilles ? …
Drôle de chose, oui, et pourtant si agréable et nécessaire, afin de sentir le pourquoi de ce que l’on a fait, d’avoir l’impression, même vague, d’avoir, à un moment, touché au cœur quelqu’un.
Des souvenirs restent : les quelques mots, les mots rares ce sont ceux-là les plus beaux, de détenus, perpétuités, après leur lecture du roman déjà cité Un Gâchis, le silence, longtemps, à la fin d’une lecture publique.
Quelques mots, des silences, une communion autour d’un texte, à ce moment-là presque étranger à soi, et puis ensuite, la suite, la circulation souterraine des textes, c’est là qui suffit à donner à nouveau envie d’affronter avec bonheur ou bien douleur, la solitude de l’écriture.

Emmanuel Darley


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