Retour accueil

#9 Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8 Les ateliers d’écriture - #7 Rencontrer des auteurs - #6 Présence de la poésie contemporaine - #4 Les revues à la barre - #2 Le livre d’artiste - #1 Fonds et politique d’acquisitions en librairie


Contrepoint(s) numéro 8
> Dossier : Les ateliers d’écriture
Editorial par René Escudié
Une recherche d'intensité. François Bon
Queston à ... Nadine Etchto-Tharel, conseillère pour le livre et la lecture à la DRAC Languedoc-Roussillon
Questions à ... Line Colson, La Boutique d'Ecriture.
Nous avons à toucher le monde. Hervé Piekarski
A priori… je suis contre. René Pons
Témoignage. Marie-Christine Facchineri
Portrait de l'auteur en funanbule. Régine Detambel
Veillir mot à mot. Valérie Schlée




Il y a peu de lustres, les écrivains écrivaient.
Les critiques et les universitaires, les enseignants et les exégètes s’occupaient ensuite de lui, prenant à leur charge de percer le mystère de l’écriture.
Quelqu’un a dû s’apercevoir un jour, qu’au lieu de gloser sur la création, il suffisait de poser les questions au principal intéressé, l’écrivain encore en état de fonctionner, l’écrivain vivant.
Ravi, l’écrivain ! « On s’intéresse à ma personne ? Et à comment je fais ? C’est sympa ! » Ainsi sont nés les ateliers d’écriture. C’était il y a peut-être une trentaine d’années. Il n’y avait alors que quelques pionniers que souvent leurs confrères regardaient avec un peu de mépris. Mais la curiosité a fini par l’emporter chez beaucoup, parfois la passion, souvent aussi la simple nécessité alimentaire – enfin, l’écriture pouvait nourrir l’écrivain ! Le jeu aussi, qu’il reste au niveau de la langue ou qu’il mette en enjeu tout l’individu.
Certains écrivains en sont revenus, lassés ou vidés, d’autres s’y sont lancés fort de l’expérience de leur devanciers. Le phénomène s’est étendu : de la haute réflexion sur la genèse du texte à l’écriture loisir, de la pédagogie à la mise en danger, de la psychanalyse au séminaire baba-cool, de l’engagement social à la réunion amicale. De l’infiniment nécessaire au superbement inutile. Et comme les écrivains ne sont quand même pas nombreux et moins nombreux encore ceux capables de mener un atelier, on recrute même chez ceux qui n’écrivent pas, on les forme à faire écrire les autres…
Phénomène de mode ? Vague de fond ? Aveu d’échec des passeurs d’œuvres : critiques et enseignants ? Tentative du public d’aller directement à la source de l’œuvre ? Essai désespéré des créateurs de trouver dans l’écriture des autres la justification de leur propre création – ou de leur absence de création ?
Ou, comme me l’a montré un jour dans un atelier un petit bonhomme de sept ans, une énorme, une formidable envie d’écrire. Au fond de sa classe de CE1 des quartiers nord de Marseille, il avait demandé à lire son texte et il lisait avec douleur, avec la difficulté de l’enfant débutant qui se perd dans sa propre écriture. C’était une belle histoire, compliquée et forte. Je me suis approché doucement et je lui ai ravi la feuille en lui disant : Ne t’inquiètes pas, j’ai l’habitude de lire toutes les écritures.
La feuille était blanche.

René Escudié
© Photo Richard Bruston


Haut de page



© 2002 C2LR - Design Kawenga Production