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Contrepoint(s)
numéro 8
> Dossier : Les ateliers décriture
Editorial par René Escudié
Une recherche d'intensité.
François Bon
Queston à ... Nadine
Etchto-Tharel, conseillère pour le livre et la lecture
à la DRAC Languedoc-Roussillon
Questions à ... Line Colson, La Boutique d'Ecriture.
Nous avons à toucher
le monde. Hervé Piekarski
A priori
je suis contre.
René Pons
Témoignage. Marie-Christine
Facchineri
Portrait de l'auteur en funanbule.
Régine Detambel
Veillir mot à mot.
Valérie Schlée

Quels sont selon vous les principaux enjeux des ateliers d'écriture ?
Il me semble quaujourdhui on fait appel aux ateliers décriture pour répondre à des enjeux de natures très différentes, et que de surcroît, on répond automatiquement par des ateliers de type littéraire à des problèmes de communication, dexpression, ou de transmission didentité ou de mémoire, ce qui nest pas forcément la fonction première de la littérature et surtout pour lesquels la littérature n est pas la seule ni la meilleure à pouvoir répondre. Si lon veut, par exemple, faire travailler une communauté sur son histoire, proche ou lointaine, quotidienne ou dramatique, pourquoi ne pas faire appel à des historiens ou des sociologues qui génèreront aussi un travail décriture mais plus ancré dans le témoignage, la rencontre, lanalyse que dans la fiction ? Si lon cherche à faire sexprimer des problèmes sociaux et à les faire percevoir par lensemble de la société pourquoi ne pas imaginer des résidences de journalistes dans les quartiers ou les campagnes plutôt que de chercher à faire formuler par des écrivains des problématiques sociales qui souvent les rendent encore plus perplexes et désemparés que leurs commanditaires ou même que les populations avec lesquelles ils travaillent ? Qui, aujourdhui, lit de la littérature pour comprendre la société ? Et si lire un roman ne nous sert pas à comprendre le monde, alors en faire écrire ne peut servir à lexpliquer !
Quelles raisons avons-nous de proposer des ateliers décriture ?
Une des premières questions que nous nous posions était de chercher à savoir si les recherches menées par des écrivains aujourdhui pouvaient avoir un intérêt pour dautres que pour un tout petit milieu très spécialisé. Nous avons donc proposé à des écrivains de mettre en travail public leur axes de recherche et de les confronter à une population la plus large possible par un travail continu (ateliers hebdomadaires à lannée).
Lautre questions, corollaire de la première, cest quest-ce que, nimporte qui, dans la population, vous moi la voisine linstit- le clochard du coin de la rue ou le prof de fac peut bien avoir à faire avec lécriture ? Il sagit donc là de mettre en travail les possibilités décriture de différents quidam qui décident quils ont quelque chose à faire avec çà.
Ce qui va conduire à aller regarder du côté dautres écritures encore, car si je peux explorer différents univers par lécriture, je peux aussi les approcher par la lecture. Les ateliers conduisent tôt ou tard à des modes de lecture.
Lécriture dans les ateliers nest pas un objet mais un acte, ce qui conduit à interroger la langue comme matière et comme outil. Il y a donc une fonction de production théorique des ateliers : réflexion sur la langue et lécriture, réflexion sur la lecture et la littérature.
Mais cet acte rend compte aussi dune expérience, multipliée par le nombre de participants, expérience du temps, de lespace, du corps, du monde, de lobjet donnant lieu également à discussions, reformulations, affirmation de parti-pris. Il y a donc également une dimension de « philosophie dans un boudoir » qui est portée sur la place publique.
Quelle sont vos activités et terrains de prédilection dans ce domaine ?
Lossature de la Boutique, ce sont les ateliers ouverts du lundi soir et du jeudi soir et maintenant latelier enfants du mercredi, ainsi que les lectures publiques également ouvertes à tous. Mais pour que ces activités soient réellement ouvertes, quelles ne soient pas appropriées par un groupe social particulier ou par une vision figée, il faut construire des ouvertures : pour cela nous travaillons aussi à lécole, à luniversité, à lIUFM, en CHRS, en prison, à la MLI, en centre de formation, nous avons le projet de travailler également en maison de retraite. Nous travaillons également avec le Maroc, le Mali, le Tchad et dautres lieux en France dans le cadre du réseau Boutik & co. Ouverture également à dautres arts : photo, danse, musique.
Que pensez-vous de la formation en région autour des ateliers d'écriture ?
Il me semble, à partir des informations que jai, que la formation dans ce domaine est essentiellement de la formation à visée professionnelle, quil y a sans doute des besoins en formation de bénévoles qui ne sont pas couverts, et que loffre de formation existante par ailleurs quantitativement faible- napproche pas la question de lécriture non-littéraire (journalisme, histoires de vie, histoire, patrimoine)
Un atelier décriture institutionnel, non institutionnel ou peu importe ?
Je ne suis pas sûre de comprendre cette question. Il me semble quil est important quil y ait des politiques institutionnelles cohérentes qui articulent la question des ateliers décriture avec la question de la littérature, de lanimation littéraire, de la lecture publique, de la langue française et de la francophonie mais aussi avec la question des pratiques artistiques en amateur, et celle de la formation, de la lutte contre lillettrisme et de laccès à la culture.
Mais il est tout aussi important que ces grandes articulations ne se rouillent pas et restent suffisamment labiles pour les initiatives individuelles, associatives ou autres puissent sans cesse les nourrir, les interroger et les faire évoluer.
La présence de l'écrivain est-elle nécessaire ou un autre (animateur, intervenant, bibliothécaire...) peut-il s'y substituer ?
Encore une fois, tout dépend des ateliers, de leur nature et de leurs ambitions. Sil sagit de vaincre la peur décrire, de mettre en confiance, tout bon formateur le fait au moins aussi bien quun écrivain, sil sagit de découvrir des procédés décriture et leurs effets ( listes, accumulations, « cut-up » etc ) tout lecteur professionnel ou pas, du moment quil est cultivé curieux et passionnant peut faire découvrir des mondes, mais sil sagit daborder, même comme amateur, un travail de création personnelle, avec exigence, dans le temps, en étant accompagné par quelquun pour qui ce même travail et ces mêmes exigences sont pain quotidien, alors il me semble que le plus souvent certains écrivains car tous ne le peuvent ou ne le veulent -sont les mieux à même de le faire.
Quels conseils pour organiser un atelier décriture ?
Réfléchir dabord à pourquoi ? Est-ce quon écrit soi-même ? Est-ce quon est passionné de lecture ? Est-ce quon pense que ce serait très bon pour les autres en nen voyant pas la nécessité pour soi ? Et dans ce cas, pourquoi ? Est-ce que cest pour répondre à des manques : de compétence, de sociabilité, de citoyenneté, de morale, de santé mentale ? Lécriture et la littérature ont-elles un réel effet dans ce cas ?
Aller voir ce qui se fait ailleurs, participer soi-même à des ateliers, penser le temps, le lieu, la durée, la relation à lextérieur comme faisant partie intégrante de latelier.


76, rue du Faubourg Figuerolles
34000 Montpellier
Tél. 04 67 58 64 94
Fax 04 67 58 64 69
Mél : boutiq-ecr@ifrance.com
Personnel
- deux écrivains
- une responsable
- une médiatrice
- un informaticien / infographiste
Activités
- Ateliers d'écriture hebdomadaires, à l'année, animés par deux écrivains, Hervé Piekarski et Jean-Paul Michallet
- Ateliers d'image sténopé
- Médiation culturelle autour du livre, de l'image et du théâtre
- Animation d'un réseau d'échanges internationaux (France, Mali, Maroc) autour de ces pratiques (Boutik and Co)
- Partenaire d'une formation diplômante sur l'animation d'ateliers d'écriture
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