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Contrepoint(s) numéro 8
> Dossier : Les ateliers d’écriture
Editorial par René Escudié
Une recherche d'intensité. François Bon
Queston à ... Nadine Etchto-Tharel, conseillère pour le livre et la lecture à la DRAC Languedoc-Roussillon
Questions à ... Line Colson, La Boutique d'Ecriture.
Nous avons à toucher le monde. Hervé Piekarski
A priori… je suis contre. René Pons
Témoignage. Marie-Christine Facchineri
Portrait de l'auteur en funanbule. Régine Detambel
Veillir mot à mot. Valérie Schlée




Nous avons à toucher le monde. Nous devons aggraver. Nous ne sommes pas devant la réalité du monde. Nous sommes devant une fiction. Nous avons à aggraver la fiction. Alors elle montre. La fiction aggravée est le récit, le premier et le dernier récit. Le récit défait le monde, défait la fiction en la poussant à bout. Le récit est une crise de la fiction. L’humain est un moment du récit, le monde est un moment du récit, la fiction est un moment du récit. Très peu savent. Quelques rapaces de l’expérience. L’expérience du récit est la dureté même. Il n’y a pas d’accueil. La fiction qui nous a faits doit être navrée. Très peu savent le récit. Très peu savent la destruction de la fiction par le récit. Il faut enseigner. Quiconque a vu le récit doit l’enseigner. Le récit est illisible. Illisible comme le bleu du ciel, illisible comme le mystère musical et le vol des oiseaux. L’objet de l’enseignement est l’écriture illisible. Une syncope. Une césure dans le monde mental, dans le monde matériel. Nous avons le récit pour en finir avec le monde. Nous avons le récit pour en finir avec nous-mêmes. Pendant quelques instants aujourd’hui nous avons été dehors. Il y a une erreur qui est plus vraie que la vérité. Le corpus admet un excédent qui le nie. Chaque membre du corps a à sacrifier le corpus. Le corpus est la totalité de ce qu’il y a et il y a un extérieur. Nous sommes sur le seuil. Dehors il n’y a rien et pourtant nous sortons. Là est le récit. Là est l’acte sacrificiel que le récit fonde. Nous avons à sacrifier la vérité. Le récit sacrifie et dit la vérité. Ne dit que cela : la vérité. Et dans le même temps la sacrifie. La littérature qui dit la vérité est la joie d’une erreur. Le récit est la joie d’une erreur. Nous sommes les erronés. Politiquement nous avons tort. Religieusement nous avons tort. Moralement nous avons tort. Littérairement nous avons tort. Le monde est la vérité. Nous voulons en finir avec le monde. Nous voulons sacrifier. Nous voulons que le monde et la fiction puissent endurer, dépasser et réussir leur fin.

Hervé Piekarski
© Photo Richard Bruston




Né en 1955 à Marseille, Hervé Piekarski vit à Montpellier où il anime des ateliers d'écriture.

Il a notamment publié :
- L'Etat d'enfance. Editions Unes, 1992
- Tomzack. Ateliers des Grames, 1994
- Le Gel du Titanic. Flammarion, 1995
- Un récit que notre joie empêche, Flammarion, 2001


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