Retour accueil

#9 Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8 Les ateliers d’écriture - #7 Rencontrer des auteurs - #6 Présence de la poésie contemporaine - #4 Les revues à la barre - #2 Le livre d’artiste - #1 Fonds et politique d’acquisitions en librairie


Contrepoint(s) numéro 8
> Dossier : Les ateliers d’écriture
Editorial par René Escudié
Une recherche d'intensité. François Bon
Queston à ... Nadine Etchto-Tharel, conseillère pour le livre et la lecture à la DRAC Languedoc-Roussillon
Questions à ... Line Colson, La Boutique d'Ecriture.
Nous avons à toucher le monde. Hervé Piekarski
A priori… je suis contre. René Pons
Témoignage. Marie-Christine Facchineri
Portrait de l'auteur en funanbule. Régine Detambel
Veillir mot à mot. Valérie Schlée




J’ai 32 ans et travaille depuis 3 ans en qualité d’assistante en PAO dans une société de consulting en audiovisuel et télécommunication.
Depuis longtemps j’aime et pratique le fait d’écrire mais sans y attacher d’importance particulière. Comme beaucoup j’ai d’abord eu besoin de tenir un journal intime que je gardais secret. Ma discrétion sur cet objet s’expliquait autant à l’époque par la teneur de son contenu que par instinct de dévalorisation de mes propres actions. Cet objet n’avait aucune valeur créative à mes yeux. Je le faisais exister par la seule nécessité d’y déposer mes tourments sans me poser aucune autre question.
Plus tard et sans le comprendre, je me suis nourri au contact de gens qui se réalisaient d’un point de vue artistique. Je les voyais travailler avec passion à leurs propres et différentes activités et je trouvais leurs besoins et réflexes inconditionnels fascinants. D’abord à leurs côtés, je me suis heurtée douloureusement à mes propres manques, puis progressivement j’ai développé une nouvelle gourmandise.
En m’installant dans cette région il y a 4 ans, j’ai changé presque totalement mon mode vie. C’est depuis, et timidement d’abord, que j’ose porter un regard et un soin grandissants à mes besoins personnels. C’est depuis que j’ai réalisé mon véritable intérêt pour la littérature, depuis que je défends mon goût pour l’écriture.
Rapidement j’ai découvert l’existence de « La boutique d’écriture » où je me suis immédiatement inscrite. Je n’avais pas d’attente ni d’exigence précise à ce moment là, simplement un besoin de partager et de chercher avec d’autres sur ce qui me tient à cœur. La découverte de ce lieu et la rencontre de ses acteurs ont largement bousculé mes velléités. Je dis même avoir eu une magnifique chance d’être tombée dans ce lieu là.
L’atelier est composé d’environ vingt cinq personnes, et a lieu chaque jeudi, de vingt heures aux alentours de minuit. Chaque jeudi, l’écrivain et animateur de cet atelier, propose au groupe une nouvelle problématique d’écriture. Il nous renseigne sur les éléments qui formeront la ou les consignes pour ce premier temps de travail qui peut avoir une durée unique d’une heure, une heure trente ou être divisé parfois en deux temps différents. Ces informations préalables, et la façon très particulière dont il nous les remet, sont d’une importance capitale, car bien plus que le résultat final de notre travail d’écriture –le texte–, il tend à nous faire toucher un certain état par lequel précisément la chose se déroule et donnera ou pas, et par accident peut-être un texte vrai. C’est là que se situe pour moi, lorsque enfin j’ai fini par le comprendre, la première découverte qui a totalement bouleversé mon rapport à l’écriture. C’est après une courte pause que suit la lecture individuelle (sauf souhait contraire) des textes. Ce moment particulier et intimidant parfois encore recèle de nombreux étonnements. Les petites merveilles quelque fois que l’on y entend sont une pure délectation. Au plan plus personnel, il est gratifiant aussi d’exposer là dans ce « laboratoire des mots », le fruit de notre travail. Je suppose qu’il s’agit d’une reconnaissance dont chacun a besoin lorsqu’il se risque. C’est après cela que s’ouvre alors une discussion sur ce qui s’est passé. Non pas sur la seule expérience personnelle que chacun a traversée ce faisant –bien que cela souvent puisse être un tremplin– mais sur les portes que ce genre d’incursion peut ouvrir, sur les problèmes que l’écriture pose, sur les limites qu’elle éclaire, sur les surprises du dessaisissement, sur la difficulté à dire le vrai… Autant de questions fondamentales qui nous font avancer individuellement, qui nous font nous opposer aussi parfois, qui nous questionnent surtout.
Comme chacune m’apporte beaucoup, souvent je me suis demandée laquelle de ces parties de l’atelier je préférais. J’ai fini par comprendre que le mélange de ces composantes est totalement indivisible. Il y a les consignes du début qui sont pour moi d’une pertinence étonnante chaque semaine. Puis le travail d’écriture qui s’ensuit et qui se révèle un puits intarissable de curiosités, éveillant en moi un appétit créatif et intellectuel. Puis la lecture ensuite des textes qui attise de plus en plus ma sensibilité et ma perception. Et il y a la discussion finale ; un temps pour ne pas dire un lieu de culture –au sens botanique du terme– un moment pendant lequel ensemble, les uns grâce aux autres, à force de tenter de dire, il nous arrive parfois de toucher quelque chose d’essentiel.
Voilà maintenant environ deux ans que je participe à cet atelier, et je me sens à peine avoir commencé. Ce n’est que très récemment que j’ai compris combien d'abord l’approche fût laborieuse tant il est difficile avant tout de créditer ses propres prédispositions. Il me semble que quel que soit le parcours et les aptitudes de chacun, il est essentiel de pouvoir exprimer sa créativité par un moyen ou un autre; et l’écriture en est un. Pour ma part, et avec le peu de recul depuis mon arrivée dans cet atelier, il m’est déjà possible de parler de l’évolution et de l’élargissement de mon écriture. Ma fébrilité et mon manque de confiance du début au regard des textes que j’écrivais, par rapport aussi à ma personne toute entière se sont atténués parce que dans ce lieu et pour la première fois, j’ai pu oser m’exposer.
Je pense que le monde de la littérature et de la poésie est immense, et qu’il nous en faudra du temps pour tenter d’écrire l’indicible, dans ce lieu comme ailleurs. Quoiqu’il en soit, ce qui s’opère ici chemin faisant est considérable je crois. Les gens qui se rencontrent là ont tous une valeur très singulière. Le groupe est très hétérogène ; composé de personnes d’horizons totalement différents et dont la fourchette d’âge varie probablement entre vingt et une soixantaine d’années. Cette mixité à l’évidence apporte une richesse collective surprenante. Des gens se côtoient qui ne se seraient jamais rencontrés, et inversement. Ils le font par delà leurs différences, qui sont pourtant quelques fois énormes et dans un respect sans écart. C’est un lieu hors normes qui accueille un peu de la folie de chacun selon un mode commun ; le langage.

Marie-Christine Facchineri


Haut de page



© 2002 C2LR - Design Kawenga Production