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Contrepoint(s) numéro 8
> Dossier : Les ateliers d’écriture
Editorial par René Escudié
Une recherche d'intensité. François Bon
Queston à ... Nadine Etchto-Tharel, conseillère pour le livre et la lecture à la DRAC Languedoc-Roussillon
Questions à ... Line Colson, La Boutique d'Ecriture.
Nous avons à toucher le monde. Hervé Piekarski
A priori… je suis contre. René Pons
Témoignage. Marie-Christine Facchineri
Portrait de l'auteur en funanbule. Régine Detambel
Veillir mot à mot. Valérie Schlée




Ce que l’on appelle atelier d’écriture pour les personnes âgées est encore trop souvent une prise de note de la parole des anciens, basée uniquement sur un travail de mémoire orale.
La démarche que je propose depuis 1998, auprès de personnes âgées dépendantes en maison de retraite puis en hôpital de jour, repose sur l’acte d’écrire et un ancrage dans le présent. Les acteurs de gérontologie et le milieu associatif du 3e âge doutent que les personnes âgées puissent écrire, y trouver du plaisir et s’engager dans des projets d’écriture. Or contre toute attente, dès le premier atelier, les participants écrivent.
Il a fallu créer des règles du jeu très précises pour les personnes ne pouvant écrire elles-mêmes en raison de leur pathologie : celui qui va énoncer, réfléchit d’abord à ce qu’il va dire, imagine écrire, dans sa tête ou dans l’air. Lorsqu’il est prêt, il sollicite un scripteur et dicte en s’exprimant lentement. Celui qui prend note ne fait aucune modification. Il rappelle à l’autre la nécessité de parler lentement comme s’il écrivait. Le scripteur relit ce qu’il a transcrit et demande son accord à celui qui énonce, effectue les modifications éventuelles, puis sollicite la permission de lire pour lui au groupe.
On sait que les fonctions neurologiques mises à l’épreuve dans le faire et l’imaginer faire sont identiques. Imaginer écrire relève donc de ce qu’il y a de plus proche d’écrire. Des corrections ou une réécriture des textes ont parfois lieu, de mémoire, entre deux ateliers. La génération actuelle des octogénaires a tendance à s’enfermer dans le passé et l’écriture de textes de témoignage. Afin de provoquer un autre rapport à la langue, nous abordons l’écriture par cycle sur un thème déterminé. Cela donne le temps et l’espace pour fouiller un sujet, aller plus loin que les lieux communs. Écrivant, piétinez un sujet et ce qui est caché, enfoui, revient à la surface. Cela ne se fait pas sans résistance. L’imagination de cette génération est comme bridée et ils ne s’autorisent que difficilement à inventer. Ils sont très attachés à coller au plus près de la réalité ce que nous exploitons avec intérêt. Mais une ouverture vers une créativité me semble essentiel pour compléter cette relation à l'écriture.
Ce type d’ateliers d’écriture présente des particularités : leur durée d’une heure maximum, l’indispensable partenariat avec l’équipe soignante et les effets de l’écriture en atelier sur les déficits liés à la sénescence. Je me rapproche ici de Ricardo Montserrat disant: “l’écriture n’est pas une thérapie, c’est une révolution”. Et dans le monde figé de la vieillesse, ces ateliers sont une petite révolution.
Avec les personnes âgées, l'atelier d'écriture a rempli une fonction de rencontres, de liens avec l'extérieur. L’écriture en atelier ouvre un mode de communication peu utilisé habituellement et qui développe des liens inexistants jusqu’à présent. Le peu de mobilité des anciens est contrebalancé par les ponts ouverts vers l’extérieur par l’écriture. L’effervescence autour de l’écriture encourage les vieux à se déplacer jusqu’à l’atelier.
Un nouveau rapport au temps peut se formaliser dans l’atelier, avec équilibrage entre passé, présent et avenir.
Une revalorisation de la personne âgée au fur et à mesure de son engagement dans l’écriture et dans le groupe est repérée et reconnue comme essentielle par l’entourage professionnel ou familial. En plus des réactions immédiates du groupe au moment de la lecture à voix haute, c’est au moment d’une socialisation des écrits lors d’exposition ou de diffusion de carnets, que les participants sont surpris.
La mise en place de projets permet de mobiliser les énergies. En opposition aux “personnes actives” puis aux “jeunes retraités”, les vieux sont souvent réduits à des consommateurs de produits ou de spectacles. Dans l’atelier d’écriture chacun est encouragé à participer à la construction d’un projet commun. Nos anciens peuvent ainsi rester ou redevenir acteurs et auteurs de leurs vies.
L’écriture en atelier réveille des compétences. Les participants en sont les premiers étonnés et cela provoque une motivation pour apprendre. Écrivant sur le rapport de chacun à la lecture, nous avons découvert une relation complexe et passionnante aux livres, journaux et autres supports. Cela a relancé un intérêt et une attention pour la lecture. L’exigence nouvelle qui en découle symbolise bien ce besoin d’évolution et un nouveau rapport à la langue.
L’atelier d’écriture en réveillant le désir pourrait être l’expression du mouvement de la vie.

Valérie Schlée




Valérie Schlée est animatrice d'atelier d'écriture de La Maison de Mots et auteur de Vieillir mot à mot, éditions de Babio juin 2001


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