|
|
|
#9
Action culturelle en milieu pénitentiaire - #8 Les ateliers
décriture - #7 Rencontrer
des auteurs - #6 Présence
de la poésie contemporaine - #4
Les revues à la barre - #2
Le livre dartiste - #1 Fonds
et politique dacquisitions en librairie

Contrepoint(s)
numéro 8
> Dossier : Les ateliers décriture
Editorial par René Escudié
Une recherche d'intensité.
François Bon
Queston à ... Nadine Etchto-Tharel, conseillère
pour le livre et la lecture à la DRAC Languedoc-Roussillon
Questions à ...
Line Colson, La Boutique d'Ecriture.
Nous avons à toucher
le monde. Hervé Piekarski
A priori
je suis contre.
René Pons
Témoignage. Marie-Christine
Facchineri
Portrait de l'auteur en funanbule.
Régine Detambel
Veillir mot à mot.
Valérie Schlée

Quels
sont selon vous les principaux enjeux des ateliers d'écriture
?
La confrontation par l'écriture de soi à soi, de soi au monde, de soi aux autres, particuliers et universels dans les uvres littéraires. mais aussi l'enrichissement personnel que procure cette confrontation qui pousse chacun dans la découverte intime et parfois risquée de son pouvoir et de ses limites dans le grand champ jamais totalement circonscrit de la langue. Les consignes d'écriture mettent en mouvement un moi conscient et volontaire certes, mais aussi d'autres zones qui m'échappent et que je mets à jour. il s'agit bien d'une pratique mais surtout d'une expérience fondamentale surtout lorsqu'elle se joue en dehors d'un contexte normatif et de jugements portés sur ce qui est mis à nu et qui s'expose aux autres le temps de l'atelier.
Cet aller et retour du singulier au collectif, passage obligé des ateliers d'écriture en groupe, les constituent en espaces particulièrement propices à l'échange, au partage, au respect et au déplacement des positions et des représentations initiales de chacun.
Cette situation est certainement représentative des différents types d'ateliers de pratique artistique encouragés et soutenus par le ministère de la culture. Mais contrairement aux autres disciplines artistiques, la pratique de l'écriture créative sous forme d'ateliers conduits par des écrivains, pose une série de questions qui prennent parfois la forme de conflits ou de dénigrement systématique, montrant que l'on touche dans ces ateliers à quelque chose de l'ordre du symbolique et peut-être même de l'idéologique sur le statut de l'écrivain et de l'exercice socialisé de l'écriture. il est vrai que l'écrit traverse bien d'autres champs que celui de la création et que son apprentissage relève prioritairement du milieu scolaire, de même que les situations d'illettrisme relèvent d'organismes spécialisés dans la formation, mais alors que viennent faire les écrivains dans cette galère ? Peut être justement qu'ils ne se situent pas dans ces objectifs-là et que la concurrence éventuelle ou la substitution de fonctions qui leur sont souvent reprochées, relèvent le plus souvent d'incompréhensions, de manque de concertation préalable afin de définir les attentes et places de chacun.
Concrètement de quelles façons intervenez-vous pour favoriser ce type d'action ?
Je ne favorise pas systématiquement ce type d'action qui n'est pas pour le Ministère de la Culture une panacée et une fin en soi. Il arrive même que je la décourage lorsqu'elle est présentée comme un exercice ponctuel qui relève plus de l'attraction pour la rencontre avec l'écrivain que de l'intervention de ce dernier dans une démarche globale qui donne sens à sa présence. il peut y avoir une rencontre avec un écrivain sur ses publications, sur la mise en valeur de son travail mais lorsqu'il s'agit de mettre en route collectivement un travail d'écriture, il s'agit d'autre chose qui exige de la durée. Mon rôle consiste donc plutôt à accompagner des projets culturels dans lesquels les ateliers; d'écriture représentent une étape dans le retour ou la découverte du goût pour les textes et plus encore pour les textes littéraires. Pour les publics les plus éloignés de la fréquentation de ces textes, les ateliers d'écriture sont des sortes de chambres d'écho où les écrits personnels et les écrits littéraires se croisent souvent pour la première fois... Cela passe souvent mais pas nécessairement, par la médiation d'écrivains qui puisent les consignes d'écriture collective dans leur bibliothèque personnelle, vivante, revisitée inlassablement dans leur uvre et dans leur propre pratique.
Un atelier, on ne le dit pas assez, c'est aussi un grand pourcentage de lectures à voix haute et de débats passionnés à partir des textes, des écrits qui permettent de poser en permanence la question de la fabrication de la langue, que ce soit dans le récit, le fragment ou le texte poétique. A ce titre il s'agit bien d'un projet à vocation culturelle. Il existe toutes sortes d'ateliers à vocation thérapeutique, professionnelle, de remédiation sociale, de communication ou de loisirs. Ces ateliers n'entrent pas dans le domaine de compétence du Ministère de la Culture. Ce n'est pas un jugement de valeur mais une ligne de conduite liée aux critères d'intervention du ministère. Le soutien concret aux ateliers se traduit par un cofinancement de la Drac pour l'intervention de l'écrivain qui anime l'atelier.
Quelles sont les possibilités de formation en région autour des ateliers d'écriture ?
Les formations proposées concernent essentiellement les structures porteuses de projets d'ateliers en région, comme l'Education Nationale par exemple. Nous organisons conjointement un stage cette année et plusieurs l'année prochaine à destination des enseignants du second degré. L'introduction de l'écriture d'invention comme option aux épreuves du baccalauréat devrait d'ailleurs justifier des interventions plus fréquentes des écrivains dans les IUFM, c'est-à-dire au cur même de la formation initiale des enseigriants. Plusieurs initiatives ont déjà été prises dans d'autres régions, nous sommes en train d'étudier ce qui pourrait être proposé ici.
Quelle attitude adoptez-vous par rapport aux ateliers d'écriture qui se mettent en place hors d'un cadre institutionnel ?
Dans le cadre d'un séminaire sur la programmation culturelle des bibliothèques organisée par la CLLR, une journée sera également consacrée à cette question. il me semble que la proposition d'ateliers réguliers encadrés par des professionnels que ce soit dans le domaine de l'écriture mais aussi de l'image et du son ou encore de la philosophie et des arts plastiques devrait faire partie de l'offre des médiathèques publiques aujourd'hui. Nous savons tous que les médiathèques ne sont plus seulement des lieux destinés au prêt mais aussi des espaces où les usagers prennent du temps pour toutes sortes d'activités, pour se rencontrer, rêver, se cultiver Sans entrer dans une offre désordonnée et inadaptée aux lieux, la proposition d'ateliers où les usagers deviennent également des acteurs, des critiques, me parait essentielle. D'où la nécessité de développer des formations sur ces questions.
Par ailleurs, en partenariat avec l'IRTS, le SUFCO et la Boutique d'Ecriture, nous avons créé depuis trois ans un Diplôme Universitaire d'animateur d'atelier d'écriture. il s'agit d'une formation en alternance de 2 jours par mois de janvier à décembre qui s'adresse à des personnes ayant déjà une expérience d'animation d'ateliers dans leur activité professionnelle ou qui souhaitent en développer mais sous réserve d'avoir déjà fréquenté à titre personnel, des ateliers. il ne s'agit pas d'une initiation comme c'est le cas pour le Diplôme Universitaire créé antérieurement avec la faculté d'Aix-en-Provence. La création du Diplôme Universitaire de Montpellier repose sur le pari difficile (mais salutaire dans le paysage embrouillé et "médiatique" des ateliers d'écriture) de croiser, dans une même formation, les principales approches explicites ou sous-jacentes dans l'animation de ces ateliers.
Il s'agit de provoquer un temps de recul, de réflexion collective sur les pratiques d'animation, et sur le développement de compétences susceptibles de les légitimer, notamment les compétences littéraires. Au fil des ans, ce projet à la fois ambitieux et modeste par nos incertitudes mutuelles, s'est reconduit, enrichi. Grâce au soutien d'une équipe pédagogique à l'image de la diversité des stagiaires et à la participation régulière d'écrivains dans la formation, elle est devenue une sorte de laboratoire permanent où des participants des quatre coins du pays et aussi divers que des enseignants, des travailleurs sociaux, des formateurs, des animateurs, conteurs et intervenants artistiques, mettent en commun ce qui les pousse à intervenir sur le champ de l'écriture aujourd'hui. Nous avons senti une nécessité profonde, une sorte d'urgence dans la poursuite de ce projet qui mériterait d'être intégré dans un débat plus largement partagé.
La présence de l'écrivain est-elle nécessaire ou un autre (animateur intervenant, bibliothécaire...) peut-il s'y substituer ?
J'ai commencé à répondre dans les questions précédentes. Un écrivain se définit comme tel, parce qu'il a choisi de prendre la langue comme matière première. En conséquence il est directement plongé dans les questionnements issus du travail de cette matière exigeante, périlleuse. C'est de là qu'il peut tirer sa légitimité lorsqu'il s'agit pour lui d'animer un atelier d'écriture. Je ne dis pas pour autant qu'il s'agit là d'un postulat : tout écrivain doit savoir et vouloir animer un atelier d'écriture, heureusement car on tomberait dans le pire des pièges: celui de l'instrumentalisation éducative et institutionnelle.
Il dispose des outils qui le rendent légitime dans cette fonction même s'ils ne les rendent pas forcément compétents en terme de pédagogie. Là il lui reste beaucoup à apprendre et ceux qui exercent cette activité dans la durée font très vite le constat d'un apprentissage difficile qui passe souvent par un retour sur soi, sur l'intérêt et les limites de cette fonction comme sur l'utilité de partager ses expériences avec d'autres écrivains plus expérimentés.
Il n'y a pas de modélisation de la fonction d'écrivain "animateur", il existe seulement une posture particulière de l'écrivain dans cette fonction temporaire qui vient de son statut dans le champ de la création même et qui lui donne une place privilégiée, non seulement en tant que créateur, mais aussi comme lecteur de textes littéraires. Un écrivain est lecteur de ses contemporains au rang desquels Villon peut côtoyer Bernard Noël et cette fréquentation permanente des oeuvres, favorise, lorsqu'il le souhaite, une aptitude à la transmission.
Les compétences des uns et des autres se développent à l'épreuve de la réalité, de la durée, de la curiosité, du désir aussi. Il faut trouver des lieux, et des temps pour que les expériences de tous puissent se croiser. De ce point de vue, la constitution en région parisienne d'un Carrefour des Ecritures me semble tout à fait positif. Entre les écrivains" animateurs "et les autres, la distinction se joue plutôt du côté du sérieux ou de la légèreté avec lesquels les uns ou les autres s'engagent dans cette démarche et se dotent des moyens ou pas de l'enrichir. il faut donc l'envisager davantage en terme de complémentarité et de relais que d'exclusion réciproque.
Les ateliers d'écriture, pour tous ceux qui les vivent, ne sont pas des lieux de fabrication de certitude, bien au contraire : c'est là que peut se partager cette incantation de Valère Novarina dans son texte "Brûlez les livres":
Descendons dans le langage pour en savoir plus: c'est dans le langage que nous apprendrons la réalité des choses
Nadine Etcheto-Tharel
Février 2002
Haut de page
|
|