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#9 Action
culturelle en milieu pénitentiaire - #8
Les ateliers décriture - #7
Rencontrer des auteurs - #6 Présence
de la poésie contemporaine - #4
Les revues à la barre - #2
Le livre dartiste - #1 Fonds
et politique dacquisitions en librairie

Contrepoint(s)
numéro 9
> Dossier : Action culturelles en milieu pénitentiaire
Editorial par Benoît Lecoq
Pas un mot. Présentation
Entretien avec ... Michèle
Sales, auteur de la Grande Maison
Question à ... Jean-Baptiste
Lebeau, chef du département réinsertion et probation
à la DRSP
Question à ... Nadine Etcheto-Tharel, conseillère
pour le livre et la lecture à la DRAC Languedoc-Roussillon
Toujours les mêmes questions.
Jean-Paul Michallet
Des femmes emprisonnées.
Nanouchka de Creisquer
Bientôt dix ans. Emmanuel Bégou
Bibliographie

La DRAC est l'un des principaux partenaires de la C2LR
dans sa mission "développement culturel en milieu pénitentiaire".
Questions à Nadine Etcheto-Tharel conseillère pour le
Livre et la Lecture à la Direction Régionale des Affaires
Culturelles pour Contrepoint(s) N° 9 :
L'accès à la culture pour les publics du milieu pénitentiaire
est-il un engagement récent du Ministère de la Culture
et des directions régionales ?
Non, il s'agit même d'une longue histoire. Dés 1982,
le Ministre de la Culture a signé une note sur " le développement
des activités culturelles " en milieu carcéral.
En écho, le directeur de l'administration pénitentiaire
invitait ses services à se rapprocher des DRAC. Le partenariat
était lancé et s'est formalisé par deux protocoles
interministériels en Janvier 1986 et Janvier 1990. Ils ont
été suivis de circulaires d'application sur les bibliothèques
et les pratiques de lecture en prison en 1992 et sur la mise en uvre
de programmes culturels en milieu pénitentiaire, en 1995.
A l'échelon déconcentré, des conventions ont
été signées entre les deux administrations dans
la plupart des régions. En ce qui concerne notre région
une démarche partenariale s'est réellement engagée
en 1994, avec la décision conjointe de créer un poste
de chargé de mission au sein de la CLLR pour réaliser
un état des lieux des bibliothèques de prison. Sur cette
base, des formations conjointes ont pu être programmées
ainsi qu'un accompagnement technique à la signature de conventions,
par établissement pénitentiaire, entre les partenaires
professionnels (BM et /ou BDP) les collectivités locales et
les deux administrations.
De quelle façon et avec quels moyens intervenez-vous pour
favoriser le développement dans le milieu pénitentiaire?
Le mode d'intervention de la DRAC est du même type en milieu
pénitentiaire qu'avec les autres secteurs (éducation
nationale, milieu hospitalier...) où des protocoles d'accord
ont été négociés. Dans le domaine de la
lecture notamment, une prison doit être considérée
comme une structure publique au même titre qu'une autre dans
laquelle l'accès aux livres par l'intermédiaire de bibliothèques,
doit relever du droit commun. Certes, passer de ce droit pour tous
à une réalité concrète et surtout à
un service de qualité relève d'une politique volontariste.
C'est encore plus vrai dans des milieux fermés ou paradoxalement
ce droit devrait être plus qu'ailleurs respecté mais
où d'autres contraintes liées au mode de fonctionnement
et surtout à leur missions premières, le rendent souvent
secondaire voir totalement absent.
Le fait que la majorité des bibliothèques de prison
fonctionnent aujourd'hui en accès direct pour les détenus
représente un grand progrès et les DRAC s'y sont beaucoup
investies par un travail de médiation entre tous les partenaires
et par des aides financières qu'elles partagent avec le CNL
et l'administration pénitentiaire. Aujourd'hui, l'objectif
demeure d'intégrer le plus possible les bibliothèques
de prisons dans un fonctionnement en réseau avec les bibliothèques
publiques. L'objectif est le même pour les équipements
culturels comme les théâtres, Scènes Nationales,
les musées et bien d'autres, qui devraient intégrer
dans leur programmation un volet adapté aux établissements
pénitentiaires sur leur territoire.
Mais le rôle des Drac ne s'arrête pas à l'incitation
à la création de ces bibliothèques, comme d'ailleurs
de tous les équipements culturels, elles s'attachent au développement
des pratiques culturelles et artistiques pour tous les citoyens, enfermés
ou pas. Le rôle spécifique du Ministère de la
Culture se définit sur ce point par une sensibilisation auprès
des intervenants professionnels de ces secteurs ainsi que des structures
susceptibles de les accueillir. Il s'agit de partager entre ces intervenants
et les détenus, un temps plus ou moins long d'expériences
artistiques, créatives ou culturelles. Les différents
conseillers sont sollicités pour proposer des intervenants
dont ils connaissent les compétences, selon le champ disciplinaire
sur lequel ils travaillent : spectacle vivant, arts plastiques, image
et multimédia, écriture-lecture, patrimoine
Lorsque
cette démarche est approuvée de part et d'autre, des
financements peuvent être accordés pour sa réalisation.
Là aussi, cela suppose une recherche de cofinancements sur
la totalité du projet et une implication des collectivités
territoriales, la Drac n'intervient pas comme seul financeur.
Quels sont selon vous les enjeux de la culture dans le milieu carcéral
?
Il n'existe pas de réponse pleinement satisfaisante à
cette question, pour des raisons liées aux caractéristiques
du milieu carcéral très contraignant pour des intervenants
et très peu favorable, a priori, à l'épanouissement
des capacités créatrices des personnes enfermées.
Un certain nombre d'artistes ne souhaitent pas intervenir dans ce
milieu car il leur semble trop contradictoire avec la disponibilité
et les motivations nécessaires à cette démarche.
Mais pour d'autres, ce sont précisément ces mêmes
caractéristiques qui justifient une sorte de posture très
particulière : mélange composé différemment
pour chaque intervenant, d'une forme de curiosité, de solidarité
humaine et plus encore d'une rencontre dont on ne sait pas toujours
si elle relève de l'artistique, avec les limites de chacun,
le vital, l'essentiel, ce qui reste d'humain lorsqu'on a tout perdu
ou que l'on a plus rien à perdre.
Beaucoup d'artistes travaillent sur ce champ là, ce sont à
la fois des explorateurs et des témoins. Si cette préoccupation
"essentielle" de l'artiste, au sens étymologique
du terme, devient une préoccupation commune, l'expression quotidienne
et convenue peut être dépassée et les détenus
font l'expérience de nouveaux codes, d'une émotion particulière,
d'une nouvelle langue qui leur permettra peut-être, dehors,
d'aller plus facilement voir de ce côté, de s'autoriser
à ouvrir des portes fermées jusque là
Ceci dit, il ne faut pas tomber dans le lyrisme ou la démagogie.
Fondamentalement l'intervention culturelle en prison demeure extrêmement
difficile, les questions de légitimité se posent toujours,
les finalités d'insertion et d'intégration qui servent
le plus souvent de prétexte à cette démarche
relèvent plus de l'ambiguïté que de l'évidence.
Bref, au-delà des doutes de différentes natures, il
reste ce qui relève d'une sorte de devoir : permettre à
tout citoyen d'avoir accès au champ artistique et culturel,
c'est une des missions du Ministère de la Culture que de lutter
contre l'exclusion culturelle d'une partie non négligeable
de la population. A chaque partenaire de faire en sorte de passer
d'un droit quelque peu formel à un objectif partagé.
Depuis 1994, la DRAC Languedoc-Roussillon s'appuie sur la C2LR
pour coordonner et développer cette mission. Pourquoi ?
Il s'agissait d'abord de mettre en uvre, la circulaire d'application
de 1992 qui incitait à la création de missions de développement
culturel au sein des associations régionales de coopération.
Elles se sont mises en place progressivement dans la plupart des régions
qui disposaient d'agences. Cette proposition était cohérente
dans la mesure où les agences effectuaient déjà
pour les bibliothèques, un travail de mise en réseau,
de formation continue, d'information et de médiation. Elargir
ces différentes missions au milieu pénitentiaire semblait
parfaitement justifié. Il fallait cependant créer des
postes spécifiques au sein de ces agences, ce qui a progressivement
été réalisé, notamment lorsque le champ
d'intervention des agences s'est également appliqué
aux actions artistiques et culturelles. Des crédits du Ministère
de la Culture ont été accordés pour que des compétences
nouvelles puissent s'exercer sur ce secteur.
Il est aujourd'hui plus qu'hier indispensable de consolider ces postes,
car l'ensemble de ces interventions demeure fragile, les projets restent
encore dépendants de l'investissement personnel des acteurs
de part et d'autre. La contractualisation des projets dans un cadre
conventionnel représente une nécessité et une
charge de travail qui ne peut porter ses fruits que sur la durée.
Le rapport réalisé par l'ARSEC à la demande du
Ministère de la Culture en 1997 montre bien que de nombreux
obstacles à l'action culturelle en milieu pénitentiaire
sont cristallisés autour des représentations que les
partenaires fabriquent sur la place des uns et des autres, le sens
qu'ils donnent à la culture en général, et dans
ce milieu particulièrement.
Au-delà des textes et des volontés institutionnels affirmés
depuis tant d'années, la réussite ou l'absence de projets
passe par toutes sortes d'embûches ou de passerelles qui transitent
de l'administratif à l'organisationnel en passant fondamentalement
par l'épaisseur de l'humain dans toute sa complexité.
Si la notion de médiation a un sens, c'est bien sur ce terrain
que le chargé de mission culturel des agences doit l'exercer.
Comment aimeriez vous que cette mission se développe dans
le futur?
La réponse est multiple. Tant que la question de la culture
n'a pas une place modeste mais incontournable dans les formations
initiales et continues du personnel pénitentiaire, elle sera
reléguée à l'exception pour les détenus
et non à la règle. Cette réponse est valable
pour d'autres partenaires du Ministère de la Culture. Ou les
enjeux de l'action culturelle sont suffisamment partagés pour
qu'ils rentrent dans tous les secteurs de la vie des citoyens : éducation,
santé formation, détention
, ou bien ils sont cantonnés
du côté de l'occasionnel, du supplément d'âme,
de la réinsertion ou de la thérapie. Il arrive que l'artistique
produise "aussi" des effets bénéfiques dans
ces deux derniers domaines, mais ce n'est pas son objectif initial.
L'écrivain Jean-Paul Michallet qui anime des ateliers d'écriture
en prison définit bien ce territoire, affranchi de l'utilitaire
immédiat : "On peut imaginer en milieu carcéral
l'écriture, ce soi à soi hors de soi, comme un oubli
partiel des conditions d'existence, comme une liberté impossible
trouvée. En vérité, elle est plutôt du
devenir d'un être en acte toujours là, ni meilleur, ni
pire, avec ce qu'il est et n'est pas, qui arpente un territoire infini.
C'est bien ce territoire infini qui me paraît être l'enjeu
de l'atelier d'écriture à Villeneuve les Maguelone.
Je m'y tiens. "
Il ne me paraît pas juste de vouloir introduire en masse des
artistes en milieu pénitentiaire, dans d'autres milieux non
plus d'ailleurs, mais que la question de la culture, de ses enjeux
et des publics marginalisés, soit intégrée au
cur des différentes institutions qui régissent
la vie des gens, cela me semble une utopie stimulante. Plus concrètement,
cela signifie des dispositifs réactualisés et renforcés
financièrement au niveau national, la consolidation des postes
de chargés de mission encadrés par les deux ministères
afin de poursuivre le travail de sensibilisation auprès des
élus et des différents opérateurs internes et
externes à l'administration pénitentiaire.
Nadine Etcheto-Tharel
Montpellier, le 23 septembre 2002
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