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#9 Action
culturelle en milieu pénitentiaire - #8
Les ateliers décriture - #7
Rencontrer des auteurs - #6 Présence
de la poésie contemporaine - #4
Les revues à la barre - #2
Le livre dartiste - #1 Fonds
et politique dacquisitions en librairie

Contrepoint(s)
numéro 9
> Dossier : Action culturelles en milieu pénitentiaire
Editorial par Benoît Lecoq
Pas un mot. Présentation
Entretien avec ... Michèle
Sales, auteur de la Grande Maison
Question à ... Jean-Baptiste
Lebeau, chef du département réinsertion et probation
à la DRSP
Question à ... Nadine
Etcheto-Tharel, conseillère pour le livre et la lecture à
la DRAC Languedoc-Roussillon
Toujours les mêmes questions.
Jean-Paul Michallet
Des femmes emprisonnées.
Nanouchka de Creisquer
Bientôt dix ans. Emmanuel Bégou
Bibliographie

Bientôt
dix ans
Un dispositif national.
L'Agence de Coopération du Livre et la Lecture en Languedoc-Roussillon
(C2LR), promoteur et animateur de réseaux culturels, s'est
appuyée sur la politique d'action culturelle du ministère
de la Culture et de la communication et du ministère de la
Justice définies par le protocole d'accord interministériel
de 1986 renouvelé en 1990 (1). Depuis 1994, elle s'est engagée
à promouvoir le livre, la lecture et plus récemment
la culture auprès des publics spécifiques, particulièrement
ceux placés sous main de justice.
Deux circulaires précisent les objectifs et les modalités
d'application de ce protocole pour le fonctionnement des bibliothèques
et le développement des pratiques de lecture (1992) et pour
la mise en uvre de programmes culturels (1995). La légitimité
d'une mission culturelle en direction du milieu pénitentiaire
pour une agence de coopération s'appuie sur l'un des objectifs
prioritaires de ce protocole qui est de favoriser l'accès à
l'art et à la culture aux personnes placées sous main
de justice, d'améliorer les conditions matérielles de
diffusion du livre et des champs artistiques par "le recours
à des artistes confirmés et à des professionnels
du champ culturel pour éviter que se développe une culture
proprement pénitentiaire". Dés 1993, à la
demande de la Direction Régionale des Services Pénitentiaires
(DRSP) de Bordeaux et de la Direction Régionale des Affaires
Culturelles (DRAC) d'Aquitaine, une mission de développement
de la lecture est confiée à l'Agence de Coopération
des Bibliothèques en Aquitaine (CBA). A partir de 1994, encouragées
par la Direction de l'Administration Pénitentiaire (DAP) et
la Direction du Livre et de la Lecture (DLL), ces missions de développement
de la lecture se généralisent, là où les
conditions sont réunies, sur l'ensemble du territoire. La Fédération
Française de Coopération entre Bibliothèques
(FFCB) coordonne à l'échelon national ces missions qui
sont déployées aujourd'hui dans 17 régions.
A la demande conjointe de la DRSP et de DRAC, la C2LR engage cette
mission en 1994. La première tâche de l'agence fut de
réaliser un état des lieux des bibliothèques
en milieu carcéral (2) afin mesurer leurs faiblesses et les
moyens d'y pallier en recourant au réseau des bibliothèques
de la région. Le Languedoc-Roussillon compte cinq maisons d'arrêt
: Villeneuve-les-Maguelonne (34), Nîmes (30), Béziers
(34), Mende (48), Carcassonne (11) et un centre de détention
: Perpignan (66). La durée moyenne du temps de détention
en maison d'arrêt est de huit mois. Si tout ces établissements
comportent une bibliothèque, l'état des lieux fait apparaître
de fortes disparités qui portent sur l'accès, les locaux,
l'équipement, les collections, les heures d'ouvertures etc.
A cette époque seules les bibliothèques des centres
de détention de Béziers et Mende étaient desservies
par une bibliothèque (BM dans le premier cas, BDP dans l'autre).
Suite aux conclusions de cet état des lieux, l'agence mit en
relation les bibliothèques et les établissements pénitentiaires
et contractualisa ces partenariats par des conventions ayant pour
objectifs la mise à niveau des collections par des dépôts
réguliers ,une assistance technique pour les acquisitions,
le fonctionnement, la formation et la promotion d'animations (ateliers
d'écriture, rencontres avec des auteurs, cafés littéraire).
Actuellement, tous les établissements pénitentiaires
de la région sont conventionnés avec une bibliothèque
municipale ou départementale. Des agents de justice formés
et des bibliothécaires coordonnent l'action des partenaires.
Un détenu bibliothécaire assure les heures d'ouverture
et le fonctionnement de la bibliothèque. Certaines sont informatisées
(Perpignan et Villeneuve-lès-Maguelones). Elles ont la possibilité
de bénéficier de l'aide du Centre National du Livre
(CNL) pour leurs acquisitions. D'autres se sont agrandies et équipées
en mobilier (Nîmes, Carcassonne et bientôt Béziers).
Ces bibliothèques sont toutes en accès direct sauf celle
de Villeneuve-les-Maguelones et la plupart participent aux grands
évènements nationaux tels que Lire en fête et
Le printemps des poètes.
Actuellement, le rôle de la C2LR est renforcé et actualisé
par une récente convention(3) (DRSP, DRAC, C2LR) définissant
ses domaines d'intervention et en particulier la coordination de l'ensemble
des actions culturelles concernant les personnes placées sous
main de justice. Elle est chargée de mettre en uvre un
programme culturel en concertation avec ses partenaires, ainsi que
des actions de formation et d'information et un bilan annuel des actions.Une
mission et un engagement humain pour les usagers.
Des usagers comme les autres
Il ne serait pas juste d'aborder ce type d'usagers ou public sans
prendre en compte, avec les réserves nécessaires et
sans misérabilisme, la dimension humaine. Disposant des moyens
et des compétences requises, la clé du succès
et de la pérennité de ces missions reposent sur des
rapports humains avec les détenus, les intervenants, les personnels
de détention, les travailleurs sociaux, les enseignants etc.
Le milieu carcéral et ses instances font parties des institutions
de la cité au même titre que l'hôpital, le théâtre,
la mairie, le tribunal, etc. La prison souffre d'une image négative
mais elle est indispensable au fonctionnement de la société.
D'une manière générale, il semble acquis que
l'accès à la santé et l'éducation sont
des droits imprescriptibles de l'individu. Cela est moins évident
lorsqu'il s'agit de culture en particulier dans le milieu carcéral
où au vu du public, l'activité culturelle est souvent
assimilée au loisir, la détente et " l'occupationnel
".
Ce qui surprend peut-être le plus, quand on rentre en visiteur
dans une prison, c'est qu'elle est finalement l'exact miroir de la
société. La distance qui nous sépare de cet autre
coté des barreaux est un espace infime. Il y a là des
jeunes et des vieux, des pères et mères de famille,
des individus tout simplement comme vous et moi. Certains sont là
depuis longtemps, d'autres attendent. Il ont tous à cet instant
un point commun : l'enfermement, la privation de liberté. Comment
ne pas sentir au moment où l'on passe la grande porte le poids
des regards avides de l'air du dehors. C'est à cet instant
que l'on mesure l'importance de la mission pour laquelle nous sommes
mandatés. Ne pas faillir, agir en toute humilité, ne
pas prendre parti, proposer des projets solides et structurés,
ne jamais baisser les bras, viser le long terme, remettre en cause
en permanence la mission et ses objectifs : cet aspect sensible des
choses est fort bien décrit dans le livre de Michèle
Sales La grande maison (4) . Ici personne n'a le beau rôle.
L'endroit est dur et difficile, régie par les habitudes et
la sécurité. Aucune action n'est possible sans la volonté
conjointe des travailleurs sociaux, des personnels de détention,
des chefs d'établissement et des bibliothécaires.
On a souvent à l'esprit l'aspect dérisoire d'une action
(5) qui mobilise quatre intervenants (écrivain, comédienne,
relieur, plasticien) pendant dix mois pour des ateliers d'écriture,
de lecture, de reliure, et d'arts plastiques dont la mise en place
a demandé six mois de préparation, pour seulement une
petite vingtaine de personnes sur une population de trois cents détenus
. Plusieurs fois on a failli baisser les bras, puis on apprend par
les intervenants qu'un détenu au cours d'un atelier d'écriture
se découvre une passion pour Flaubert, s'inscrit à la
bibliothèque et engage ses codétenus à lire les
uvres complètes de l'auteur, qu'un autre présumé
forte tête suit avec assiduité l'atelier lecture et ne
raterait une séance pour rien au monde, qu'une femme prochainement
libérée cherchera à faire un stage professionnel
de reliure. Et lorsque le bruit court que les ateliers risqueront
d'être annulés, on se rend compte, à la véhémence
de la réprobation que l'action ne touche pas seulement les
quelques participants mais l'ensemble de la population de l'établissement.
A l'heure du bilan ce sont plus de 3500 heures individuelles de culture
qui ont pu être dispensées au cours de l'année
2001. Les intervenants ont réussi à captiver un public
désormais fidélisé. Ces actions se poursuivront
par une exposition des travaux dans la bibliothèque de l'établissement,
puis à la bibliothèque municipale. Les ateliers lecture
seront édités sur CD audio.
L'atelier reliure et l'atelier gravure seront poursuivis.
Une autre action (7), cette fois-ci en direction du milieu ouvert
qui proposait l'écriture d'un scénario et le tournage
d'un court-métrage, on a connu les aléas suivant : 12
inscrits, 4 présents puis 2, un coup de téléphone
de l'intervenant affolé " on annule, ça n'est plus
possible ! ", des réunions d'urgence avec les partenaires,
on prend le risque de continuer, tournage, 15 personnes présentes.
Quelques mois après le début de l'atelier le court-métrage
est achevé. Il est produit et distribué. Au moment de
la projection du film aux participants, c'est un directeur d'antenne
des services d'insertion et de probation qui dit " vous savez,
on a des rapports difficiles avec les personnes dont nous avons la
charge car on représente la sanction et là dans un climat
détendu on les découvre sous un autre jour, c'est gratifiant
de s'entendre dire merci ".
Dans ces cas là, le bien fondé de l'activité
culturelle n'est plus à défendre : il est acquis et
s'inscrit dans le fonctionnement de l'établissement pénitentiaire.
Ces actions ponctuelles valorisent le lieu culturel permanent qu'est
une bibliothèque dans un établissement pénitentiaire.
Il demeure cependant des difficultés liées à
des problèmes de fonctionnement, d'organisation et de circulation
de l'information. La C2LR doit avoir constamment le recul nécessaire
afin d'apprécier les disfonctionnements. Il faut absolument
veiller à ce que les bibliothèques gardent leur vitalité
surveiller les statistiques et suivre les animations. En cas de difficulté,
il convient de réagir très vite en associant l'ensemble
des partenaires.
Il s'agit, pour la C2LR, d'un engagement professionnel, d'un travail
d'équipe avec ses partenaires, d'un accompagnement durable
qui vise à faire valoir et pérenniser la culture sous
toutes ses formes. A terme, à la demande de la DRAC et de la
DRSP, l'agence a l'intention de pérenniser un chargé
de mission. Il serait intéressant de pouvoir disposer prochainement
d'une étude qui mettrait en évidence la relation entre
activités culturelles et comportement des individus au sein
du milieu carcéral.
Emmanuel Bégou
Notes
1 : ce protocole d'accord est disponible sur le site www.c2lr.net
dans la rubrique "Boîte
à outils"
2 : Catherine Serrano. - Etat des lieux des bibliothèques en
milieu carcéral région Languedoc-Roussillon. - Sète
: C2LR, 1995. - 47 p. (épuisé)
3 : cette convention est disponible sur le site www.c2lr.net dans
la rubrique "Boîte à
outils"
4 : Michèle Sales. - La grande Maison. - Paris : Edition du
Rouergue, 2002. -156 p.
5 : Le descriptif de ces actions est disponible sur le site www.c2lr.net
dans la rubrique "Les
publics spécifiques"
7 : La cassette VHS de ce court-métrage est disponible au prix
de 8 € sur commande à la C2LR - BP 402 - 34204 Sète
Cedex
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