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- #3 Jean-Claude PIROTTE - #2 Maïthé
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Contrepoint(s) numéro 3
> Entretien avec Jean-Claude Pirotte
Chargé de mission de lassociation Montolieu village du livre

Contrepoint(s) : Vous êtes loin de vous conformer à limage dÉpinal de lécrivain solitaire, fuyant la compagnie des hommes, votre convivialité, votre chaleur humaine sont connues de ceux qui, au moins une fois vous ont rencontré ; est-ce ce goût pour lamitié, le partage qui, décrivain en résidence à Montolieu vous a conduit à prendre en charge lanimation du village du livre ?
Jean-Claude Pirotte : Il ny a pas décrivain solitaire. Ou bien nous sommes tous solitaires. Mais lîle déserte nest jamais ici. Je ne crois pas que lobligation viscérale de fréquenter et daimer les autres soit une malédiction. On peut aussi les détester, les autres, de temps en temps, ça ne dure pas (en dépit des pires aberrations). Lhomme nest ni un loup, ni un agneau. Écrire cest peut-être essayer de se dire ça à soi même. Ce que je ne comprends pas chez les autres me les fait aimer jusquà ce que je sois déçu, irrité, révolté. Mais jamais indifférent. Mon pessimisme ne tient pas longtemps devant une bouteille de Cabardès partagée.
Je ne crois pas avoir la charge de quoi que ce soit. Je me contente dessayer de vivre dans un village et un paysage qui me sont devenus chers, au risque de my perdre parce que je me serais trompé de lieu, ou de my trouver, ce qui me paraît plus sûr. Je me contente de chercher à donner un sens à la mission que lassociation « Montolieu village du livre » ma confiée, sans doute à laveugle.
Contrepoint(s) : Cette envie de faire découvrir dautres écrivains, de devenir un animateur de la vie littéraire est-elle née dun élément extérieur ou la considérez-vous comme partie intégrante de votre activité décrivain ?
Jean-Claude Pirotte : Activité décrivain ? Dire dabord que je suis un apprenti. Quand jécris, je sais au moins que je ne cesserai dapprendre à écrire, et que ce que jexprime ou tente dexprimer sera toujours insuffisant. Je crois ce nest pas un paradoxe- à la littérature, mais sans majuscule. Je crois au besoin quéprouve lhomme « civilisé » de pisser de la copie comme de pisser tout court. En somme, on ne mesure ni la composition de son urine, ni la valeur de sa copie. Mais on rêve de nêtre pas soumis aux seuls fonctions dites naturelles. Donc on écrit, on peint, on compose, on sculpte, on « installe »
Je naime pas la « vie littéraire ». Je la regarde comme je regarde lanimation dun bistro. Mais même : comme je regarde un vignoble en attendant ce quil promet. Cest en lecteur et pas en écrivain que depuis lenfance je rêve de recueillir les choses écrites qui mémeuvent. Il va de soit que si je bornais mon existence à lécriture (comme on dit), je ne serais pas là, mais dans lîle déserte évoquée plus tôt où mon squelette se dessècherait. Quand jy pense (vous my faites penser), ce nest pas des écrivains que je souhaite faire découvrir, mais des vivants, je veux dire des êtres vivants, des étrangers qui deviennent familiers.
Contrepoint(s) : Comment sopère le choix des écrivains invités ? La programmation littéraire répond-elle à des étapes planifiées ou au contraire vous laissez-vous guider par les rencontres, les opportunités ?
Jean-Claude Pirotte : Le « choix » des écrivains invités. Bah ! Je me dis que certaines visites simposent, pour des raisons multiples qui ne tiennent ni à la notoriété, ni à limmortalité de luvre. A lenvie douvrir un bouteille de vin plutôt, de faire apprécier un terroir, un horizon, des gens secrets qui mont séduit. Le Cabardès, pourquoi pas ?
Contrepoint(s) : Montolieu est aujourdhui un lieu « habité » par le livre, libraires et bouquinistes y sont installés à lannée, quelles relations existent entre ces espaces de diffusion du livre et les actions que vous menez ?
Jean-Claude Pirotte : Jai idée que Montolieu ne doit pas nécessairement être ou devenir- « un lieu habité par le livre ». Plutôt un village animé par ceux qui le découvrent, et qui tout à coup le considèrent comme élu. Et quil doit rester, ce village, un lieu que ses habitants peuplent dans la merveilleuse anarchie de leur sentimentalité. Quelles relations entre les bouquinistes et les « actions » de lassociation ? Jaurais presque envie de dire : aucune. Ce serait faux évidemment. La problématique des bouquinistes est, noublions pas ça, dabord commerciale et individuelle. Celle de lassociation, toujours discutable, est de lordre de lintemporel, de laléatoire, et du saugrenu. Cette différence essentielle garantit, en quelque sorte, la coexistence et, souvent, la cohésion de lensemble.
Contrepoint(s) : Comment est née lidée du prix Cabardès et quels en sont les grands principes (textes admis à concourir, composition du jury, critères de sélection, notoriété attendue du prix, forme du prix remis au lauréat) ?
Jean-Claude Pirotte : Le prix Cabardès ? Pour moi, c'était lumineux. Quand l'association m'a invité à innover (si j'ose dire), j'ai d'abord pensé au vignoble de Cabardès. J'avais la chance d'avoir noué déjà des relations amicales avec Adrian Mould (le directeur du syndicat du Cabardès), avec son président, avec le maire d'Aragon, et l'un ou l'autre viticulteur, avec Michel Escande aussi, conseiller général et maire de Moussoulens. J'ai proposé au syndicat du crû (devenu depuis lors l'AOC), et à l'association Pays Cabardès - Montagne noire, de créer un prix littéraire (ce qui est bien banal), et d'envisager la coédition, avec la Table ronde, d'une collection littéraire, Lettres du Cabardès, qui publierait les textes inspirés par Montolieu et le Cabardès aux écrivains invités en résidence à Montolieu (avec l'aide indispensable du Centre National du Livre, évidemment). Tout le monde a compris qu'il ne pouvait s'agir d'un prix destiné à couronner une uvre régionaliste, au contraire. Le jury, composé de personnalité de la presse et de l'édition, et présidé par Bernard Lortholary, (qui habite Montolieu), se réunit à Paris, à la Table d'Aude (restaurant tenu par un montolivain), et n'a d'autre mission que de respecter un règlement qui ne dit pas que le lauréat doit sembler digne d'apprécier le vin qui lui sera offert (mais c'est sous-entendu !). Que l'on se rassure, le critère principal demeure la parfaite tenue de la prose, et sa singularité. Du reste, voici le règlement. J'espère que le Président du Conseil Général remettra symboliquement le prix au lauréat dans les salons du château de Villegly, avec coquetèle et autres Jakowskis. La dotation du prix consiste en une cuvée de Cabardès au nom du lauréat. Quelle notoriété ? Mystère. On verra si la presse, et ce qu'on nomme "les média" trouveront là matière à trinquer avec nous.
Contrepoint(s) : Quels échos éveillent en vous les concepts daménagement du territoire, daccès à la culture, de tourisme culturel ?
Jean-Claude Pirotte : C'est amusant d'entendre parler d'aménagement du territoire, dans un pays où l'homme et la vigne, l'homme et la forêt, l'homme et son habitat ont depuis belle lurette imposé au paysage son caractère et sa mesure. Il suffit de relire La Géographie de la France de Vidal de la Blache pour s'apercevoir que le ministère de l'environnement ne protège ni les eaux ni les forêts, ni la poésie de Racou, ni la charge régalienne de Jean de la Fontaine. Le "tourisme culturel" est une pantalonnade digne des "seigneurs du rire" de la fin du dix-neuvième. Or, je suis confondu, miraculeusement confondu, par la volonté tenace de ceux qui s'appliquent à parfaire, en dépit de tout mercantilisme "libéral", le tracé mystérieux du vignoble et, contre vents et marées politiques, à épouser le rythme des saisons. Ce qui fait sans doute de la France un pays de "tourisme culturel". On verra, donc encore.
Contrepoint(s) : Quels sont les publics qui fréquentent les rencontres que vous organisez ?
Jean-Claude Pirotte : Le public, bon sang, on peut bien dire qu'il est rare. Choisi, admettons. Pour être franc, les mordus sont peu nombreux. Mais ils sont là. Il est vrai que la présence d'écrivains comme Daniel Pennac par exemple, suscite l'engouement. Je me demande par contre qui viendra écouter Marc Quaghebeur parler d'une "autre Belgique", ou des écrivains suisses romands expliquer que le fendant s'accommode sans peine de leur nonchalance obstinée à remplir les pays de la revue [wwa]. L'absence du public que l'on espère est compensée par la présence inattendue de celui auquel on ne pensait pas.
Contrepoint(s) : Pour clore cet entretien revenons à Jean-Claude Pirotte écrivain, nous savons que les activités parallèles des écrivains ateliers décriture, participation à des animations diverses nourrissent leur écriture, dans quelle mesure votre travail à Montolieu influence-t-il votre travail de création littéraire ?
Jean-Claude Pirotte : Non, ce que je fais là ne "nourrit" pas mon "écriture". Je dirais même : au contraire. Je n'ai jamais accepté de "diriger" aucun atelier d'écriture, ni de faire rien de semblable. J'espère toujours vivre en paix entre le vagabondage et le bistro, le paysage et les amours. Je sais que c'est impossible. Mais je suppose que je me prête à ce devoir d'état qui est celui des compagnons. Je ne m'y prête pas, je tente de m'y conformer. Mal, j'imagine. J'ignore ce qui vaut mieux. Se taire ou parler. Se terrer ou plaire. Entre l'utopie et le sordide, il doit bien exister une voie, comme entre l'ivrognerie et l'abstinence, le rêve et le dégoût, Mozart et Pinochet, la vie et la mort quoi.
Entretien réalisé sobrement, pour cause de forme épistolaire, par Dominique Mans à quelques jours des vendanges.

Le Prix Cabardès
PRÉAMBULE :
A l'initiative de l'association "Montolieu, Village du Livre et des Arts graphiques", est créé un prix littéraire qui portera le nom de Prix Cabardès. Ce prix bénéficie du soutien du Conseil Général de l'Aude, de l'association de l'A.O.C. Cabardès, et de l'association Pays Cabardès -Montagne noire.
STATUTS :
- I En hommage au vignoble du Cabardès, et à ses paysages, le prix porte le nom de Cabardès, bien qu'il ne s'agisse pas d'un prix régionaliste.
- II Le jury est composé de onze acteurs du monde littéraire, et d'un délégué des instances créatrices, qu'il cooptera.
Président du jury : Bernard Lortholary.
Secrétaire général : Jean-Claude Pirotte.
Membres : Jean-Paul Caracalla, Patrice Delbourg,
Olivier Frébourg, Fabrice Gaignault, Gil Jouanard,
Anne-Marie Koenig, Arnould de Liedekerke,
Claude Mourthé, Raphaël Sorin, Jean- Marie Laclavetine.
- III L'ouvrage couronné sera un ouvrage de prose française, à caractère romanesque ou narratif, voire intime. A cet égard, le jury se souviendra du mot de Larbaud : "... je laisse appeler "romans" mes livres qui n'en sont pas et "nouvelles" mes écrits qui ne racontent pas d'histoires."
- IV Le jury délibérera deux fois l'an, la première afin d'opérer une première sélection parmi les ouvrages susceptibles d'être couronnés, la seconde, la dernière semaine d'octobre de chaque année, afin de procéder au vote à bulletins secrets. En cas de parité des voix, celle du président sera prépondérante.
- V La proclamation du prix aura lieu à l'issue de la seconde délibération, au restaurant La Table d'Aude, rue de Vaugirard, dans le sixième arrondissement de Paris. Le prix sera décerné à un ouvrage publié entre octobre et septembre. La presse sera conviée à un coquetèle proclamatif, arrosé de Cabardès.
- VI La dotation du prix est une cuvée spéciale d'AOC Cabardès étiquetée au nom du lauréat, ou au titre de son ouvrage. Le prix sera remis lors d'une réception dans les salons du Conseil Général de l'Aude, à Carcassonne. Le lauréat sera de plus invité à séjourner dans le Cabardès et la Montagne noire, à la saison qui lui convient, durant une période de deux semaines. Il sera l'hôte des instances fondatrices du prix.
Bibliographie de Jean-Claude Pirotte
AUX ÉDITIONS DE LA TABLE RONDE
Il est minuit depuis toujours, essais, 1993
Un été dans la combe, roman, 1993
Plis perdus, mélanges, 1994
Un voyage en automne, récit, 1996
La Légende des petits matins, roman, 1996
Cavale, roman, 1997
Boléro, roman, 1998
Mont Afrique, 1999
La Photographie, récit, 1999 (à paraître)
AU TEMPS QU'IL FAIT
La Vallée de Misère, poèmes, 1987, 1997
Les Contes bleus du vin, chroniques, 1988
Sarah, feuille- morte, roman, 1989
L'Épreuve du jour, enfantine, 1991
Fond de cale, roman, 1991
Récits incertains, mélanges, 1992
Faubourg, poèmes, 1997
Le Noël du cheval de bois, conte illustré, 1997
CHEZ D'AUTRES ÉDITEURS
Goût de cendre, poèmes, Thone, 1963
Contrée, poèmes, Thone, 1965
D'un mourant paysage, poèmes, Thone, 1969
Journal moche, essai, Luneau-Ascot, 1981
La Pluie à Rethel, récit, Luneau-Ascot, 1982; Labor, 1991
Lettres de Sainte-Croix-du-Mont, L'Escampette, 1993
Conservatoire des Arts et Métiers du Livre
Rue de la Mairie, 11170 Montolieu
Tél : 04 68 24 80 04 Fax: 04 68 24 80 11
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