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9 Michèle Sales - #8 François
BON - #7 Thierry GUICHARD -
#6 Bernard NOEL - #5
Jean-Marc BOURG - #4 Yves LARBIOU - #3
Jean-Claude PIROTTE - #2 Maïthé
Vallès-Bled - #1 Michel GUEORGUIEFF
- #0 Michel PIQUEMAL

Contrepoint(s) numéro 4
> Entretien avec Yves Larbiou
Adjoint au Maire de Montpellier, Délégué à la Culture

Contrepoint(s) : Yves Larbiou, en votre qualité dadjoint au Maire de Montpellier délégué à la culture vous avez en charge un des deux grands chantiers que connaît la ville actuellement avec le tramway : la BMVR, qui ouvrira ses portes au public dans quelques mois. Ce projet était inscrit au programme électoral de Georges Frêche pour ce mandat. Comment sest traduit, pour ladjoint à la culture que vous êtes, ce passage du programme électoral à la décision effective de construire une bibliothèque centrale telle que celle ci ?
Yves Larbiou : Il est dans l'ordre des choses que l'on réalise le programme électoral... Le Maire et le Conseil Municipal m'ayant confié la responsabilité du secteur culturel dans ce mandat, je me suis donc investi dans cette mission et j'ai co-dirigé avec l'Adjoint à l'urbanisme le groupe de travail chargé de la programmation de la BMVR. Ce groupe est constitué du Conservateur en chef, d'autres collègues du Conseil municipal, de représentants de la Direction du Livre et de la lecture, de la DRAC, de la SERM et d'un bureau d'étude spécialisé.
Le Maire a compris très vite qu'on ne pouvait pas faire les choses à moitié, il fallait construire une bibliothèque qui, au delà des besoins actuels, anticipe sur ceux de demain.
Il a fallu faire prendre en compte cette décision par les services administratifs et financiers. En effet il s'agit d'un gros investissement qui atteindra les 250 millions de francs.
Le coût du fonctionnement sera aussi très élevé. Déjà actuellement le service des médiathèques et bibliothèques municipales occupe près de 160 personnes et le financement annuel des salaires et du fonctionnement (achats de livres, de revues, de disques, de CD, de cassettes, de disques etc.) dépasse les 30 millions de francs.
Contrepoint(s) : Pour les professionnels du livre il semblait évident quune ville de la taille de Montpellier se devait de construire une bibliothèque comme celle ci. De part votre fonction élective vous êtes en contact régulier avec la population et les acteurs culturels de la cité, quel a été laccueil fait à lannonce de cette construction ?
Yves Larbiou : C'est vrai qu'il y avait une attente
La bibliothèque centrale, installée au XIXème siècle dans de beaux hôtels du boulevard Sarrail, même si elle est un très beau lieu et agrandi à plusieurs reprises, ne répondait plus aux besoins nouveaux.
Même si dès le premier mandat de l'équipe de Georges Frêche, la volonté d'amener le livre à proximité des montpelliérains s'est traduite par la mise en place des bibliothèques de quartier, puis des bibliobus, très vite de nouveaux besoins et usages des lecteurs sont apparus, ce qui a conduit la ville, en 1993 à mettre en place progressivement un réseau de cinq médiathèques de quartier, autour d'une bibliothèque centrale (la BMVR).
Contrepoint(s) : Vous avez choisi lappellation de Médiathèques de quartier plutôt que médiathèques annexes pour les établissements ouverts récemment (Jean-Jacques-Rousseau, Victor-Hugo) ou en construction (Fédérico-Garcia-Lorca) ce choix était-il dicté par labsence, jusque là, dune véritable bibliothèque centrale ou par le désir de rendre visible une certaine représentation du réseau de lecture publique montpelliérain ?
Yves Larbiou : Les médiathèques de quartier sont des médiathèques « à part entière » où les montpelliérains trouvent près de chez eux une véritable bibliothèque multimédia (livres, revues, journaux, disques, CD, micro-ordinateurs, etc.), espace de convivialité où ils peuvent lire, se distraire, se cultiver, communiquer grâce aux nouveaux réseaux. Ces médiathèques seront évidemment reliées à la BMVR, ce lien entre la bibliothèque centrale et celles des quartiers est essentiel, est un choix délibéré, de même que l'installation des archives historiques, d'ailleurs très riches dans le même bâtiment ceci s'inscrit dans la continuité de l'histoire du livre et de la diffusion culturelle.
Contrepoint(s) : Le projet documentaire dun tel établissement doit prendre en compte de nombreux facteurs : le cahier des charges BMVR, lexistant sur la ville la médiathèque Fellini par exemple lintégration des archives, la création dune bibliothèque dOccitanie
Quelle a été votre contribution délu à la culture à lélaboration de cette politique documentaire ?
Yves Larbiou : Ces dernières années plusieurs enquêtes ont été menées auprès des usagers de la bibliothèque centrale, nous avons analysé les résultats qui nous ont donné une bonne connaissance du comportement des lecteurs ainsi dans la salle d'actualité, 60 % des lecteurs viennent exclusivement pour lire sur place, 30% des usagers sont des demandeurs d'emploi. Nous faisons le même constat dans les autres bibliothèques municipales : la lecture sur place est de plus en plus importante. Des responsables d'associations ont aussi été consultes. Toutes ces études ont permis au groupe de travail de fournir les éléments pour le cahier des charges et de définir la structuration de la BMVR.
Contrepoint(s) : Avez-vous un exemple emblématique des relations élu / bibliothécaires à cette étape du projet ?
Yves Larbiou : Je dirais qu'il y a eu connivence. Nous avons d'emblée fait corps sur ce projet. Les services financiers nous trouvaient bien gourmands ! Mais chacun a joué son rôle. Je me souviens de la réunion avec le Maire où la décision ultime devait être prise, il lui appartenait de trancher c'est lui le responsable devant les électeurs. Même s'il était convaincu de la nécessité du projet, il fallait lui présenter des arguments solides et séduisants pour qu'il prenne la bonne décision, coûteuse certes, mais utile pour aujourd'hui et pour demain. Tout le monde sait maintenant que le bon choix a été fait.
Contrepoint(s) : Dés la phase de programmation du bâtiment, un travail déquipe est nécessaire entre architectes, cabinet de programmation, direction de la bibliothèque, services de lÉtat, adjoint aux travaux etc. Comment laction politique de ladjoint à la culture trouve-t-elle sa place dans cette première phase décisive mais aussi terriblement technicienne ?
Yves Larbiou : Le rôle de l'élu n'est pas facile surtout dans le secteur culturel. Comme dans d'autres secteurs nous nous appuyons sur des techniciens, (l'architecte pour le bâtiment, les gens de culture pour le projet culturel), mais l'action de l'élu chargé d'un projet culturel me semble plus délicate, par exemple, que celle de l'élu chargé de la construction d'un pont ; celui-ci, lorsque le bon technicien est choisi ne peut que veiller à lexécution des travaux qui sont purement techniques. Pour cette BMVR, les élus et les techniciens du bâtiment et de la culture, nous avons porté ensemble ce projet architectural et culturel. Mais la technique culturelle est plus que technique. L'élu est un relais entre les acteurs, les usagers, les citoyens et les techniciens. Il a sa propre sensibilité artistique, mais il n'est pas porteur de ses propres goûts, mais de la volonté de la municipalité, enrichie de l'attente de ceux qui vivent dans la cité. Le groupe de travail s'est réuni régulièrement, les échanges entre les divers acteurs ont été très positifs. L'élu doit rester à sa place, mais occuper toute celle que lui donne ses responsabilités.
Contrepoint(s) : Doit-on voir dans le choix de certains matériaux mis en oeuvre dans ce bâtiment la marque de votre sensibilité politique, en dautre termes en tant quélu vert êtes-vous intervenus pour proposer des orientations précises ?
Yves Larbiou : J'ai une conception humaniste de l'écologie. Y a t'il une marque «Verte» dans la nouvelle bibliothèque ? J'ai suffisamment le sens du ridicule pour ne pas l'affirmer ! Mon souci de la qualité de l'environnement est partagé par beaucoup et particulièrement par l'Adjoint à 1'urbanisme, c'est une des préoccupation des architectes choisis : Messieurs Chemetof et Huidobro. Le bâtiment qu'ils réalisent est structuré autour de la lumière méditerranéenne (au Nord les salles d'accueil et de lecture avec une façade transparente, au Sud des murs en béton protégeant du soleil les ouvrages). A l'intérieur des matériaux en bois rendront par exemple une atmosphère chaude et conviviale. L'écologie dépasse nos étiquettes politiques.
Contrepoint(s) : Des médiathèques implantées dans les quartiers, la BMVR à Antigone, attendez-vous des infrastructures culturelles quelles suivent la politique durbanisme ou quelles y jouent un rôle moteur ? En dautres termes la capacité dattirance de la centrale et des annexes, chacune dans leur quartier vous semble-t-elle un élément déterminant ? Attendez vous que la bibliothèque soit un lieu dattrait du public sur cette partie du quartier Antigone ?
Yves Larbiou : Tout à fait, elle sera reliée au quartier de La Paillade, des universités , de Boutonnet et de l'Ecusson par le tramway. Les médiathèques jouent un rôle structurant dans les quartiers ( par exemple, Jean-Jacques-Rousseau au centre de La Paillade ou Garcia-Lorca qui sera un pôle unificateur des quartiers des Aiguerelles- La Rauze et de St Martin). Oui, la BMVR va attirer un nouveau et large public vers Antigone. Depuis l'ouverture des Médiathèques de quartier le nombre des usagers a été multiplié par trois. Le lien avec le secteur scolaire sera renforcé. L'espace réservé pour l'accueil des classes est très important, le service de desserte des écoles sera beaucoup plus performant.
Contrepoint(s) : Les professionnels des bibliothèques abordent régulièrement la question de la complémentarité entre BM et BU, deux grands établissement vont coexister à Montpellier, Richter et la BMVR. Une bibliothèque universitaire nest pas seulement un lieu de travail, cest aussi un lieu de culture, la proposition peut être inversée pour une bibliothèque municipale, quelle vision léquipe municipale a-t-elle de cette situation ?
Yves Larbiou : Je crois qu'il y a une nécessaire complémentarité entre ces bibliothèques ; les collections et les publics y sont différents, même si ces deux structures seront ouvertes à tous. De toute façon il n'y aura jamais assez de bibliothèques
Contrepoint(s) : La future BMVR sera un outil performant en matière de lecture publique, de patrimoine écrit et daction culturelle, comment voyez vous les relations de létablissement avec des opérations telles que la Comédie du livre ou le prix Antigone ?
Yves Larbiou : Nous attendons de la BMVR un rôle dynamisant pour ces manifestations littéraires. Déjà des rencontres entre des écrivains et le public sont organisées à la bibliothèque centrale régulièrement. Le nouvel équipement va permettre de les développer et de les médiatiser. Nous pourrons montrer que le livre est un objet vivant. En tant qu'enseignant je sais à quel point le lien avec le livre est essentiel. Quant un ancien élève me dit que je l'ai aidé à découvrir la richesse des livres, j'en 'éprouve une certaine fierté. Les animations permettront de montrer la vitalité de ce qui, pour beaucoup, est considéré comme figé ou mort ; ce travail se fait aussi dans les médiathèques de quartier. Tout cela pour faire naître ou développer le désir de lire et de communiquer.
Contrepoint(s) : Au sujet des médiathèques de quartier et de lanimation, le récent dossier de lExpress sur les 100 montpelliérains qui font bouger la ville mentionne Corinne Martin, médiatrice du livre à la Médiathèque Jean-Jacques Rousseau, vous devez en éprouver une certaine fierté ?
Yves Larbiou : Tout à fait car elle réalise un travail remarquable, la médiation ne s'improvise pas. C'est une fonction qu'exerce Corinne Martin avec finesse et rigueur.
Contrepoint(s) Revenons à la BMVR, le cahier des charges de la DLL prévoit un certain nombre de relations avec le réseau documentaire régional et les autres grands établissements documentaires, comment envisagez-vous cela ?
Yves Larbiou : Effectivement la qualité de BMVR ouvre son champ d'action vers toute la région. Le financement de la construction est assuré pour la plus grosse part par la Ville et le District ( 62%), l'État (25%), le Département (13%). La Région a refusé d'y participer, bien que le dossier ait été déposé en 1994 et présenté à l'élu responsable de la culture.
Le dépôt légal dont elle assure la fonction fait qu'elle reçoit tout ce qui est publié en région et sur la région, ce qui la met en contact avec la Bibliothèque Nationale de France, les bibliothèques et les éditeurs de la région Languedoc-Roussillon. C'est une richesse considérable pour les habitants de l'agglomération et de la région. Elle sera le cur d'un immense réseau.
Nous avons aussi organisé plusieurs réunions et visites du chantier avec l'association des bibliothécaires de la région.
Contrepoint(s) : Pour terminer cet entretien, quel livre lisez vous en ce moment ?
Yves Larbiou : Professeur d'histoire, la lecture des livres d'histoire me passionne toujours.
Comme il s'est passé il y a 2000 ans en Palestine un certain événement, je lis les nombreux et divers ouvrages paru ces temps derniers sur les courants du judaïsme au moment de la naissance du Christianisme et les conditions de son développement. L'exégèse et I'histoire c'est passionnant.
Je relis l'uvre de Joseph Delteil, ces jours- ci, (après le Saint François de Jacques Legoff) son François d'Assise, une vraie Bible pour tout écologiste qui se respecte.
Entretien réalisé à Montpellier par Dominique Mans, à égale distance de la bibliothèque Gutenberg et de la BMVR.
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