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9 Joël Leick - #8 Jacques Goorma
- #7 Frédéric Jacques TEMPLE
- #6 Michaël GLÜCK - #5
Chloé DELAUME - #4 Christian
GARCIN - #3 Emmanuel DARLEY - #2 Charles
JULIET - #1 Marie BRONSARD - #0
Gilles MORATON

Contrepoint(s) numéro 3
> Se voir en peinture
un inédit dEmmanuel Darley

J'ai souvenir d'un album empli de portraits denfants, morts, réellement morts, mis en scène, avec minutie, allongés dans leur petit lit, habillés de leurs plus beaux atours, dentelle blanche et rubans, semblant dormir d'un profond sommeil, laissant sur leur visage comme un parfum délicat d'innocence et de bonheur. Certains, calmes et tranquilles, les yeux clos et les mains jointes, d'autres encore fiévreux, les cheveux collés par la sueur, les yeux ouverts et fixes et surtout, la peau à même les os, les pommettes saillantes, disant la maladie, la faim, la soif, corps d'enfant au visage de vieillard, corps de vieillard au visage d'enfant. Dernier portrait, pour conserver une image du petit, malgré la mort, le voir encore tel qu'il était, entouré de ses jouets, de ses poupées, de ses peluches.
Tout garder en mémoire, même cette dernière apparence, photographier les vivants et les morts sans distinction. Portraits mortuaires, bandits de l'ouest dans leur cercueil, bras croisés sur la poitrine, cachant doucement leurs blessures, les traces de balles en plein cur.
Supprimer toute photo, ne plus en faire, profiter de ce que à chaque instant nos yeux voient et enregistrent, ne plus reposer sur cette mémoire de papier.
Les photos que nous gardons serrées dans nos archives nous rassurent, nous tranquillisent, nous disent que le temps passe mais qu'il en reste quelque chose. A coté de ces pans d'histoire révélés, notre souvenir a conservé des scènes et des images mentales, elles nous reviennent à lesprit et contiennent d'avantage, bien d'avantage d'émotion, d'affectif, de sentiment de nostalgie. J'ai photographié ce moment, je le vois ici reproduit, mais l'instant d'après, plus intense et plus simple, plus lumineux et sensuel cest ma mémoire qui le conserve, avec les odeurs, les bruits qui laccompagnent, le premier je l'ai oublié, je l'ai mis en boite mais il est passé, le second, rien ne m'a valut de l'immortaliser pourtant aujourd'hui il n'est que plus présent.
Se voir en photo ou dans la glace, voir son visage, en prendre conscience, l'image de soi c'est terrifiant.
J'ai fait de moi, une seule et unique fois, une série de photos en noir et blanc, devant un miroir, lappareil dans le cadre bien visible, c'était dans une salle de bain, un jour de soleil, la lumière traversant la vitre dépolie m'éclaire sur le coté, sur mes tempes le cheveu est presque rasé, j'ai maquillé de noir mes lèvres et le reflet se fait dans une armoire à pharmacie, à trois battants. Visage irréel, blafard rehaussé de noir, légèrement décalé par l'orientation de ces trois battants, vaguement féminin, peut être malsain. Là, je souris, je m'observe et, cette fois je suis presque satisfait.

Romancier, dramaturge, animateur de nombreux ateliers d'écriture, Emmanuel Darley vit dans l'Aude.
- Des petits garçons. P.O.L., 1993
- Un gâchis. Verdier, 1997
- Badier Grégoire. Théâtre Ouvert, 1998 (tapuscrit n°91)
- Ici, linconnu : texte poétique sur des photographies de Djan Seylan. le Point du jour, 1999 (Coll. Carnets de voyages)
- Moi qui suis entouré de visages
in Nelly Marez-Darley, la trame du visible Néo, 1999
- Pas bouger. Domens, 2000
- Une Ombre. Théâtre Ouvert, 2000 (tapuscrit n°97)
- Souterrains. Théâtre Ouvert, 2001 (tapuscrit n°99)
- Indigents. Actes Sud/Papiers, 2001
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