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L'Hérault du Jour
Edition du 31 octobre 2001
Le cinéma de la deuxième chance
Cinq jeunes sous contrôle judiciaire, tournent actuellement un court-métrage avec le Ciné Garage. Intitulé "De chiffres et de galères", ce film parle de braquage, de hasard, de chance et d'avenir.
Hier matin, non loin de la Banque de France, une BMW noire stationnait avec à son bord cinq mecs cagoulés et armés. "Encore un braquage, un fait divers sordide ?" se demandaient les passants. Non, c'était simplement le tournage d'un film mais même les policiers sétois ont douté. N'ayant pas été avertis dans les temps par la mairie (alors que la demande datait du 22 octobre) et dans le cadre du plan vigipirate, ils ont interdit le tournage.
Quelque peu contrariée mais nullement découragée l'équipe du Ciné Garage a finalement décidé de filmer la scène en intérieur, dans les locaux du 29 Grande rue Haute. "Avec un fond bleu, nous pourrons incruster le décor plus tard", expliquait le réalisateur Rudi Wyss.
Pour les cinq jeunes comédiens, coauteurs du scénario, ce contretemps avait presque des allures de gag. D'anciens délinquants bloqués par des policiers... On aurait dit que la fiction faisait un clin d'il à la réalité.
En effet, la réalisation de ce court-métrage, intitulé "De chiffres et de galères" est une expérience de réinsertion inédite. Subventionnée par la Drac et le ministère de la justice, elle a ouvert les coulisses du 7ème art à cinq jeunes sous main de justice. Durant trois semaines Ludo, Karim, Sif, Franck et Pascal ont imaginé une histoire. Ensemble ils ont écrit le scénario, travaillé sur les décors, les costumes, les lumières, le son et le jeu d'acteur.
Il en résulte un récit original, qui met en scène des braqueurs chanceux. Déterminés à faire "le" gros coup pour ouvrir une discothèque, ces "héros" parviennent finalement à décrocher la cagnotte du loto. La loi des chiffres qui prime sur celle des armes... Voilà une fable qui pourrait sans nul doute faire de la publicité à la Française des jeux.
"Nous leur avons d'ailleurs proposé le scénario", soulignait Rudi Wyss. "L'histoire les a intéressés mais pour leurs budgets promotionnels, ils ont des contrats d'exclusivité. Dommage, car pour ces jeunes, voir leur film diffuser à la télévision aurait été une sacrée victoire."
Sans les honneurs du petit écran et sans grands moyens financiers (le budget total est de 50 000 F), la victoire est quand même au rendez-vous. Au plan artistique d'une part, le défi a été relevé avec professionnalisme. Quinze personnes se sont mobilisées sur ce projet dont deux sétois, Alain Le Nouëme, chef opérateur, propriétaire d'une boîte d'éclairage et Dominique Segonds, coiffeuse et perruquière pour l'Opéra de Montpellier.
Sur le plan humain aussi "De chiffres et de galères" est une belle réussite. "Ce film nous a permis de faire connaissance et des liens d'amitiés se sont créés, expliquait hier Karim. Ludo a envie de devenir comédien et nous avons tous appris des choses. Ce sont des acquis, des atouts pour s'en sortir. De telles expériences dans le cinéma, le théâtre ou d'autres métiers du spectacle devraient être menées plus souvent en milieu carcéral."
L'art comme moyen d'expression et d'émancipation, l'idée n'est pas nouvelle mais son application en terme de réinsertion sociale reste marginale. Forts de l'augmentation des chiffres de la délinquance, certains politiques préfèrent jouer sur les peurs et prôner la haine. A ce titre, "De chiffre et de galères" est vraiment une belle histoire. De celles qui font qu'un jour les gens n'auront plus besoin de jouer pour espérer un avenir meilleur.
Emmanuelle Stange
Droits réservés à l'Hérault du Jour

Midi Libre
Edition du 7 novembre 2001
La caméra au poing pour sortir de l'impasse
Un projet audiovisuel de réinsertion mis en place par le Ciné Garage
Dernièrement, une équipe de cinéma quelque peu inhabituelle a posé ses caméras dans les rues de Sète.
Rudi Wyss, animateur du Ciné Garage vient de réaliser un court-métrage "De chiffres et de galères" grâce au talent de scénariste-acteurs particuliers. Karim, Ludo, Sif, Franck et Pascal, cinq jeunes sous contrôle judiciaire, participent à une idée originale de réinsertion sociale.
A l'origine de ce projet, le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de l'Hérault, dont la mission consiste à faciliter aux personnes qui lui sont confiées l'accès aux dispositifs d'insertion en matière de formation professionnelle. Relayé par la CLLR (Coopération pour le livre en Languedoc-Roussillon) et le Ciné Garage, il ne restait plus qu'à obtenir des subventions auprès de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles-Ministère de la culture) et du Ministère de la justice.
L'histoire personnelle de ces jeunes "se confond quelque peu avec celle née de leur imagination : une bande de copains sortant de prison et décidée à se ranger veut ouvrir une discothèque. Malheureusement, la seule solution qui s'offre à eux pour financer leur projet passe par un dernier braquage" explique Rudi Wyss, le réalisateur qui a coaché ces acteurs en herbe. Fort heureusement, le ticket de loterie validé par l'un d'eux va se révéler payant et les sortir de l'illégalité.
Cette aventure initiée dès l'année dernière au cours d'une première tentative a finalement abouti la semaine passée et a regroupé une équipe de dix professionnels bénévoles pendant trois jours entre Sète et Béziers. Tourné sur support numérique, le film sera présenté après son montage dans divers festivals et servira de référence pour les multiples associations de réinsertion agissant en milieu carcéral.
Des débuts difficiles n'ont pas empêché le projet d'aboutir même si "amener tous les jeunes à respecter les jours et les horaires de travail l'année dernière a été difficile", reconnaît Rudi Wyss. Le film a donc connu un second départ cette année avec l'arrivée de trois autres volontaires réellement motivés comme l'explique Karim, l'un d'entre eux : "C'était une chance de prouver à la justice comme aux détenus que l'on peut arriver à s'impliquer avec rigueur dans un projet sérieux. Etre comédien était un rêve et cela a fait naître en nous une forte envie de continuer, en essayant de trouver d'autres rôles". La rencontre de ces deux mondes a donc servi de détonateur pour propulser les apprentis cinéastes dans un autre univers. L'écriture d'un scénario, l'apprentissage des techniques audiovisuelles et le respect d'une nécessaire discipline sont quelques-uns des acquis les plus marquants de cette aventure.
Avoir conduit ce film à son terme en s'impliquant à tous les niveaux et avec un budget limité suscitent chez tous les comédiens une grande fierté : "C'est un travail d'équipe mené avec beaucoup de solidarité, entre des gens qui ont appris à se connaître au fil des jours tout en découvrant un nouvel univers". Cette réussite pourrait également faciliter le renouvellement d'une telle expérience, plus simple à mettre en oeuvre administrativement que l'entrée de caméras dans les centres de détention même si le ministère de la justice essaie d'effacer les barrières entre actions de réinsertion internes et externes.
Ce chemin reste pourtant semé d'embûches puisque le tournage a été interrompu par les forces de l'ordre lors d'une scène se déroulant sur l'avenue Victor Hugo. "Il est vrai que la vue de cinq hommes cagoulés et armés dans une voiture stationnée à proximité de la Banque de France n'est pas rassurante en cette période troublée, mais nous espérions pouvoir profiter de ce cadre idéal pour notre scénario", confie Rudi Wyss.
Pourtant l'autorisation municipale avait bien été délivrée. Mais relayée trop tardivement auprès du commissariat de Sète, ce dernier n'a pas eu le temps de signaler son refus au réalisateur qui a dû se replier vers le Ciné Garage pour filmer la scène sur fond bleu avant d'incruster le décor par trucage. Ce coup du sort n'a pourtant pas suffi à décourager l'équipe même si les apprentis comédiens auraient préféré travailler de concert avec la police nationale, démontrant ainsi leur volonté de rester du bon côté de la loi. Définitivement.
F.M.
Droits réservés à Midi-Libre
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